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jeanlouis jolibois

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Je suis citoyen de toute âme qui pense, la vérité, ma patrie

HAITI : L'UNIVERS NATIF NATAL

MEN ANPIL CHAY PA LOU....TOUS POUR SAUVER HAITI
10月14日

Naître humain, Vivre en haïtien et mourir en animal

 

L’histoire s’achève à Villa Vasquez. Une petite commune de la République Dominicaine. Là ou s’achève des milliers d’histoires. Des histoires semblables ou seuls les acteurs changeant de visage ou de noms jouent toujours le même rôle.

Il s’appelait Jean Baptiste Antoine. Peu importe le nom. Il avait 44 ans. Peu importe son âge. Il avait cru comme beaucoup d’autres que naître de l’autre côté de la rivière aurait changé son karma.

Pour survivre il voulut forcer le destin et traversa le « massacre » à pied. A contre courant à contre sens et  à contre jour.

Qui sait. Peut être avait il sillonné pendant plus de dix heures les sillons dénudés et arides de la chaîne du Bahoruco ?

Peu importe, il y est parvenu. La terre promise ! Là ou coulent, le travail, les discriminations  et de quoi manger. Là il faut savoir fermer les yeux, veiller à ce que les oreilles restent bouchées, courber l’échine et marcher sur sa propre dignité. Juste pour avoir droit à quelques bouchées de manioc bouilli, saupoudré d’un soupçon de blanc d’œuf ou de hareng.

Il avait fini par s’adapter et s’intégrer harmonieusement dans sa condition d’immigrants-sans-papiers comme il s’était accommodé dans sa carapace d’haïtien depuis sa naissance.

Avant la dernière scène de Villa Vasquez, personne ne s’était inquiétée de savoir s’il avait de la famille, une ou des femmes. Cinq ou dix enfants.

Pourtant il n’était pas malheureux. Sous une tonnelle en bordure d’un champ en friche il avait l’habitude de se réunir avec des amis.

Doté d’une certaine inconscience bien venue et superbement calculée, il aimait s’asseoir de dos à l’ouest et tout ce qui s’y trouve. Ses pas dans l’eau. Ses trébuchements sur les sentiers abrupts. Les regards hagards de ses géniteurs. L’air perdu et vague du voyageur de l’inconnu de sa vieille mère attendant la mort. Ses racines…Haïti

Il prêtait peu d’attention à ceux qui ironisaient son accent et son mauvais espagnol. Mais dans une contrée ou l’espoir se dessine surtout en gris et en terre battue, tout était bon à prendre. Rire, remède infaillible.

Jean Baptiste n’avait pas trop réfléchi au futur. Ni proche. Ni lointain. Les jours se bousculaient à sa porte. Chacun avec son lot d’exigences.

Ce matin sous la tonnelle de Villa Vasquez, il racontait sa dernière blague. Il riait à tue tête et en cascade. Avec le plus beau rire de l’imbécile heureux. Tout à coup, il fut surpris par une déchirante douleur. Des céphalées, des coliques, des précordialgies, une angine. Peu importe. Il ne le dira à personne. Il avait appris aussi à maîtriser sa douleur.

Mais celle là était vraiment intense. Insupportable. Il voulut une dernière fois courber l’échine ; mais la douleur griffonna une ignoble grimace sur son visage qui se déforma et le terrassa.

L’assistance mis du temps à comprendre. Personne ne lui porta secours. Il ferma les yeux et cessa de vivre…

La  nouvelle ameuta davantage les gens que l’expression hideuse de cette douleur extériorisée malgré lui. Les curieux se sont rassemblés pour écouter le récit de ceux-là qui avaient eu l’insigne privilège de voir mourir quelqu’un qui était bien vivant avant sa mort.

De l’autre côté de a la rivière il n’existe pas de mort naturelle. Il y a toujours une relation anticartésienne de cause à effet.

Trouver les causes de la mort n’était pas à l’ordre du jour. La réalité de la situation se dessina quand la multitude des curieux laissa place à un tableau plus que sombre. Il n’y eut que ce silence.  Pas un cri, pas de larmes. Ni un pleureur ni  de chorale de pleureuses professionnelles. Pas de famille. Pas de parents.

Les curieux s’en allèrent. Le corps de Jean Baptiste gisait à même le sol. Sa peau noire luisait encore couverte de fine couche de poussière blanche incorporée à l’épiderme.

Ceux qui l’écoutaient deux heures plus tôt se regardaient entre eux. Etonnés de ne pas ressentir de tristesse particulière. En fait cet individu n’était qu’un parfait inconnu. Ils ne savaient rien de lui. Si ce n’est qu’il était haïtien et qu’il s’exprimait en un mauvais dominicain qui faisait rire.

Le groupe diminua progressivement en nombre. Le silence devint de plus en plus lourd au fil des heures qui défilaient sans tenir compte qu’un cadavre non réclamé gisait au milieu de ces terres qui se perdaient à l’horizon. On n’entendait que zouzoument des cohortes de mouches qui arrivaient en battant de l’aile, attirées par l’odeur déjà pestilentielle d’un corps en décomposition.

Quelques chiens de rues, galeux et affamés commencèrent aussi à s’approcher  d’une proie inhabituelle mais facile.

Plus le jour tombait, plus le corps inerte de Jean Baptiste prenait du volume et se déformait. Les rumeurs ont vite fait le tour de l’ensemble des quartiers de Villa Vasquez. Elles étaient de toute sorte. Revues augmentées et corrigées jusqu’aux oreilles des autorités locales. La situation devenait inquiétante. Presque humainement insupportable. Le cadavre d’un haïtien sans papiers servait de nourriture à une bande de chiens affamés. C’est au moins ce qu’a appris le maire champêtre de Villa Vasquez.

La situation exigeait une action énergique et ferme pour le salut des habitants de la Ville. La municipalité ne dispose pas de fonds destinés à enterrement d’haïtiens sans papiers et indigents.

La peur d’être submergé sous le poids nauséabond d’une odeur pestilentielle de chair humaine en décomposition, réveilla de vocations de bienfaiteurs à un grand nombre d’habitants de Villa Vasquez qui généreusement cotisèrent et contribuèrent  à l’achat d’un cercueil premier prix.

Le maire champêtre, une sorte de « chef section » de l’autre côté de la rivière se chargea d’accompagner Jean Baptiste libéré enfin de son fardeau vers une dernière demeure.

Il est né humain, il a vécu en haïtienne t il est mort en animal de l’autre côté, là ou il trouva du travail, des discriminations et de quoi manger.

9月19日

REQUIEM POUR NOS SALLES DE CINEMA

En Haïti, comme partout ailleurs nous avons tout et de tout. Nous avons même un président et un premier ministre avec des deuxièmes, troisième voire douzième ministre. Ca va de soi dira-ton.

Nous avons une culture certes et quoi de plus logique que d’avoir un ministère de la Culture avec son ministre, son directeur général et ses employés. Bien sûr. Nous les avons. A quoi sert un ministre de la Culture en Haïti ? A travailler et œuvrer pour la promotion de la Culture. Triste Palissade ! Comme le ministre de l’éducation œuvre en faveur de l’éducation et le ministre de l’environnement pour la protection de l’environnement. N’est ce pas ?

Le Ministère de la Culture, il y a quelques années, a entretenu le vif de l’actualité. Un ministre s’est même fait virer par les députés d’une de nos législatures antérieures. Ce fut après un vote de censure précédent le renvoi par le Sénat de la République, du gouvernement de Jacques Edouard Alexis.

Comme d’habitude, le Ministère de la Culture et son ministre se trouvent sur la sellette autour de la période carnavalesque.

Ils sont souvent décriés après le carnaval quand les protagonistes réclament ce qui leur est dû ; ou quand un député de « Trou coucou » considère que sa commune a été traitée en parent pauvre dans la distribution et répartition des subventions pour les festivités.

En dehors des scandales concernant  des contrats non honorés, entre deux carnavals c’est le calme plat. Un calme sépulcral.

Pour assumer leur  existence et surtout leur  utilité en période extra carnavalesque, le ministère de la Culture et sont ministre se sont mis à la mode des colloques. Des colloques qui sont organisées avec cotillons pour tirer des conclusions plus qu’évidentes autant archiconnues qu’archi négligées. Mais c’est la mode. Soyons fous. Faisons de colloques ! Les bailleurs de fonds et les ONG ont toujours été friands et des passionnés de colloques. Ne gâchons surtout pas leur plaisir ! Et surtout ne cherchons pas à savoir les détails des dessous des colloques.

Le sujet actuel traite de nos parcs nationaux. Dans le but d’éduquer nos compatriotes sur l’importance de notre parc culturel.

Pourtant le ministère de la Culture pourrait bien avoir son mot à dire et une action à mener sur des sujets  visibles dans le panorama culturel haïtien comme le nez au milieu de la figure ; contre des comportements nuisibles  à notre culture artistique qui sont si bien assimilés qu’ils en deviennent normaux et naturels. La démocratie aidant, les fraudes sont appréhendées comme des droits.

Que pense par exemple le ministre de la Culture sur la disparition de la totalité des salles de Cinéma du pays ?

Comme on fait avec le poulet et les œufs, comme on a fait pour les études universitaires, bientôt depuis Port-au-Prince des excursions seront organisées vers la République Dominicaines avec comme attraction principale, voir les dernières productions cinématographiques.

En effet nous avons appris récemment la fermeture prochaine de « Ciné Impérial », de la route de Delmas, présenté comme la dernière salle de Cinéma ouverte dans la capitale haïtienne avec plus de 2.000.000 d’habitants.

Un groupe de cinéaste haïtiens, soit  pour sauver ce qui fut un des temples sacrés du septième art, soit pour un dernier coup avant la  disparition totale et définitive de ce mode de divertissement, organisent un ultime festival de cinéma d’Haïti dans les enceintes du Ciné Impérial.

Il m’a fallu moins d’une minute pour me revoir  trente en arrière. Je n’avais jamais imaginé que chaque fois que je franchissais le portique d’une salle de cinéma de l’époque ; j’étais entrain de me payer un de ces putains de faux privilèges. De là, m’est venu l’idée de vous parler d’un temps. « Un temps que les moins de …..40 ans ne pourront pas connaître ». Quelques années avant l’installation, et l’éclosion de notre démocratie ; quelques années avant la troisième indépendance du pays ; le temps des « makouts » vêtus de « gros bleu » au foulard rouge cintré  de l’enveloppe extérieure de boîte d’allumettes.

Comme aujourd’hui, Haïti faisait partie des nations les plus pauvres du monde. Comme maintenant nous ne possédions qu’un seul centre hospitalier universitaire, le même hôpital Général ; deux routes nationales desservant l’ensemble du territoire.

La plus grande partie de notre jeunesse se confinait aux études. Le processus de « makoutisation » ne montrait rien de bien attrayant.  Les jeunes s’appropriaient de la lumière des lampadaires des places publiques, des lampes sculptées des patios espagnols des rares hôtels de luxe pour restructurer leurs esprits et éclairer leurs savoirs.  Ceux qui n’avaient ni les moyens ni les possibilités d’étudier, cultivaient leurs envies, leurs déceptions et leurs frustrations entre les mottes éparses des champs vastes et lugubres de la résignation. Pourtant il n’y avait ni kidnapping, ni kidnappeurs ni kidnappés.

Tous les moyens étaient bons à prendre quand il s’agissait de se former, s’informer et s’éduquer.

On s’amusait aussi. Le Cinéma demeurait le divertissement sain par excellence. Chaque quartier disposait de sa salle de ciné. Chaque salle configurée en fonction et à la hauteur des moyens des résidents de la zone.

De Carrefour à Pont Rouge. Les enseignes lumineuses les une les plus originales que les autres contribuaient à l’harmonie visuelle des agencements des devantures des immeubles et des corridors. Sidney Poitiers, Yves Montand, Charleston Heston, faisaient corps, derrière les vitrines, avec les foules qui animaient le centre ville.

Cric-Crac Ciné à Carrefour, Ciné Sénégal à Martissant, Ciné Olympia au portail de Léogane, Ciné  Lido au boulevard Jean Jacques Dessalines, Airport Ciné à Pont Rouge accueillaient régulièrement leurs ouailles avec des productions diverses : « Cow-boy, Karaté, drame porno ».

Port-au-Prince comptait aussi des complexes cinématographiques avec deux ou trois salles. Ciné Capitol, Ciné triomphe et Ciné Impérial.

Le Ciné Paramount et le mythique REX THEATRE occupaient des places de choix en plein champs de Mars.

Les familles pouvaient voir les films à même leurs voitures : On avait des « drive in » Ciné ! (A SUIVRE)

 

 

 

9月21日

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3月20日

4 morts et plusieurs blessés lors d’une attaque des bandits de Fò Touron


Au moins 4 personnes ont été tuées et plusieurs autres blessées hier soir dans le quartier de Bel Air (Port-au-Prince) lors d’une attaque lancée par un groupe de bandits armés de Fò Touron.

Des résidents bu Bel Air déclarent que le chef de gang de Fò Touron, " Billy" était à la tête d’un groupe d’hommes armés qui avaient utilisé une bande de rara de La Saline et Fò Touron pour entrer dans le quartier de Bel Air. " Billy au volant de sa voiture avait effectué trois visites d’inspection dans l’après midi", a indiqué un riverain.

Un autre résident soutient que son frère, Kelly Dorceus a été abattu de plusieurs balles par les bandits vers 10 heures du soir.

Selon les riverains, des bandits de Fò Touron dans la zone de La Saline et Delmas 2 sont responsables de cette fusillade qui a également fait des victimes dans les rangs des participants au rara.

" La fusillade a débuté dans la zone de morne Marinette", indiquent des habitants du Bel Air qui soulignent que le chef de gang, Billy, recherché par la justice circule librement avec son arme à feu dans les rues de la capitale.

Des jeunes du Bel Air interrogé sur les circonstances de la fusillade affirment qu’il n’y avait pas d’affrontement entre des individus armés et des bandits de Fò Touron qui ont fait beaucoup de victimes parmi les résidents du quartier.

" Nous étions assis paisiblement quand ils ont commencé à tirer ", soutiennent ils expliquant que des vieillards ont été grièvement blessés.
12月11日

LE COLLECTIF HAITI DE FRANCE, L'ASSOCIATION POUR QUE L'ESPRIT VIVE INVITENT A UN EVENEMENT SANS PRECEDENT: "ESCLAVES AU PARADIS"

Nous avons reçu ce courrier très intéressant du bureau du Collectif Haïti de France que nous soumettons à votre considération pour votre information et une éventuelle participation.
 
Aux associations agissant pour et avec Haïti
 
Soutenant des projets en Haïti, vous n'ignorez pas le sort des Haïtiens qui travaillent en République Dominicaine (RD).
Beaucoup sont employés comme coupeurs de canne à sucre et vivent regroupés dans des villages appelés "bateyes". Les sociétés sucirères en RD ont besoin d'une main-d'oeuvre abondante  pour couper la canne à sucre et utilisent pour cela des haïtiens (notamment recrutés par des trafiquants en Haïti) ou des descendants d'Haïtiens nés en RD, dont beaucoup n'ont aucun état civil.
 
Cette absence de statut social et les conditions de vie, ou plutot de survie (insalubrité, horaires de travail écrasant, salaires misérables, absences d'accès aux soins) de ces "braceros" sont telles que leurs sort est souvent qualifié "d'esclavage moderne".
L'association Pour que L'Esprit Vive organise en mai 2007 à l'occasion de la journée mondiale  contre l'esclavage (le 10 mai) une serie d'activités visant à dénoncer les conditions de vie dans les bateys: exposition photographique et support sonore, tables rondes avec intervenants haïtiens et dominicains, films. C'est l'évènement "Esclaves au paradis".
 
Persuadé de l'intérêt que le Collectrif Haïti de France et ses adhérents portent à cette situation dramatique, les organisateurs nous ont sollicité pour participer à l'organisation de la table ronde à Paris, mais aussi pour y donner une suite en région, en partenariat avec les groupes locaux d'Amnesty International.
 
Afin de pouvoir organiser cette campagne, nous aimerions, dans un premeir temps, connaître  ceux d'entre  vous qui souhaiteraient organiser une rencontre sur ce thème dans leur région.
 
Si vous êtes prêts à participer à cette campagne de sensibilisation, merci de nous faire savoir avant le 15 Janvier.
 
Cordialement
Le Collectif Haïti de France
 
Pour plus d'information: Collectif Haïti de France au  0143483178 ou conatct@collectif-faiti.fr
 
 
Collectif Haiti de France
21 Rue Voltaire
75011 Paris
 
10月20日

AUTOUR DE L'HOMME D'AIRIN...L'UNIVERSEL

A l’occasion du 17 octobre 2006
Sommes-nous encore Dessaliniens ?

mardi 17 octobre 2006

Par Michel-Ange Momplaisir

Soumis à AlterPresse le 16 octobre 2006

Le Gouvernement qui, en Haïti, ne pourra pas ou ne voudra pas
se convaincre que l’égalité en toutes choses est le droit le plus précieux
aux yeux du peuple, sera toujours exposé à se fourvoyer…

(Beaubrun Ardouin)

Sommes-nous encore dessaliniens à la fin de 2006 ?

Telle est la question que je me pose en ce dernier trimestre de l’année 2006. Permettez-moi d’avouer que la traductrice au gouvernement fédéral du Canada, Madame Yanick Gauthier, est l’étincelle initiatrice de cette présente interrogation. De l’aide qu’ils m’ont apportée, je tiens à remercier spécialement la spécialiste en communication, Madame Maryse Gauthier, le juriste Jacques Brutus, le psychopédagogue Christian Yvon Gauthier, et mon confrère philosophe Henri Piquion.

Certes, je n’ai pas l’étoffe d’un historien. Comme la plupart de mes compatriotes d’outre-mer, je suis chaque jour avec angoisse les errements, les tergiversations, les ratiocinations de la politique haïtienne. Je me demande si, aujourd’hui, nous sommes encore dignes de nos aïeux.

Que l’administration de Dessalines ait échoué sur la question agraire, cela ne saurait pour autant justifier le drame du Pont-Rouge, le 17 octobre 1806. On ne tue pas un fondateur de Patrie.

Au début de la préface de Cromwell, Victor Hugo définit la fonction didactique du théâtre. Il conçoit ce genre littéraire comme « une tribune, une chaire. » Voilà pourquoi Massillon Coicou, de l’assassinat de Jean-Jacques Dessalines, nous fait une leçon de morale dans sa pièce, Liberté, écrite pour commémorer le centenaire de ce triste événement. On ne tue pas un fondateur de Patrie.

De son côté, Occide Jeanty n’a pas manqué de traduire une telle leçon de morale dans sa célèbre marche funèbre, Les imprécations de Dessalines, composée à l’occasion du 17 octobre 1906. La mélodie d’Occide Jeanty souvent se présente comme le miroir des blessures et des mutilations de la vie nationale.

Tel qu’indiqué précédemment, je n’ai pas la compétence pour faire une lecture historienne ou épistémologique de Dessalines. J’éviterai cependant le piège de l’hagiographie. Professeur à la Faculté d’Ethnologie, Monsieur Lorimer Denis se signalait par ses louanges osées : « Dessalines est le Christ d’Haïti. » De la même manière, le Docteur François Dalencour s’était constitué idolâtre d’Alexandre Pétion. J’éviterai aussi de prendre le parti des détracteurs. Comment attribuer à la gestion du fondateur de la Patrie tous les malheurs qui se sont abattus sur elle depuis son indépendance ?

Je me contenterai seulement de me demander si, de l’héritage dessalinien, il reste quelque chose aujourd’hui.

Jean-Jacques Dessalines est l’homme du refus

Refus de sa condition d’esclave. Un rebelle, un vrai nègre marron, au corps lacéré de cicatrices laissées par les verges de fer. Farouche refus de l’inégalité sociale régnant alors à Saint-Domingue

Une telle opposition du sujet aux conditions de son existence le conduit nécessairement à la révolte. L’individu « se rend compte qu’il n’est plus seul avec le destin », explique Albert Camus dans L’homme révolté. Il s’identifie alors aux autres hommes souffrants. Aussi, le fondement de toute révolte, « cet élan qui revendique l’ordre au milieu du chaos », est-il la solidarité. On la trouve à la base de la rébellion générale des esclaves de Saint-Domingue. Victor Hugo en fait la source d’inspiration de son premier grand roman, le Bug Jargal, écrit à 16 ans, en 1818.

Il a naguère existé des hommes du refus chez nous, de vrais dessaliniens.

D’abord Henri Christophe. Sommé par le représentant de Sa Majesté le Roi de France, Franco de Medina, de payer la dette de l’Indépendance, Christophe explosa de colère. Il fit fusiller Franco Medina. Séance tenante, il mit son armée au grand complet sur pied de guerre.

En dépit des nombreuses pressions exercées sur lui, Nissage Saget refusa toute prolongation de son mandat présidentiel. La constitution de son pays le lui interdisait. Il préféra se retirer sur ses terres à Saint-Marc. Leçon dont nos actuels politiciens peuvent bien se moquer.

Quand la communauté internationale demanda au général Turenne Jean- Gilles, commandant du département du Nord, de marcher sur Port-au-Prince à la tête de ses troupes pour renverser le progressiste président Antoine Simon, indigné, Turenne s’écria : « Non, jamais ! »

Aujourd’hui, nous acceptons tout. Nous nous complaisons dans une indigne condition d’esclaves. Nous nous repaissons des misérables ersatz de la médiocrité et de la superficialité. Nous vivons dans le mode de l’inauthentique, dans le philistinisme culturel. S’ils avaient été vivants, Nietzsche et Heidegger nous auraient sévèrement pointé du doigt. En vérité, nous avons perdu le réflexe nauséeux. Nous avalons l’iniquité comme l’eau. Nous nous vendons au plus fort.

Hélas, Haïti de nos jours est réduite à faire siens ces vers très connus d’Alfred de Musset :

« J’ai perdu jusqu’à la fierté
Qui faisait croire à mon génie ! »

C’est un refus collectif, le Refus global, en août 1948, qui inaugura l’ère de la révolution tranquille, grâce à laquelle le Québec se trouve maintenant dans une position d’avant-garde.

En ce dernier trimestre de 2006, il ne reste plus grand-chose de l’héritage du Fondateur de notre patrie.

Voulons-nous redevenir dessaliniens ?

Si tel est le cas, ayons le courage de dire non au démantèlement systématique de notre pays.

Jean-Jacques Dessalines est l’homme de l’unité

C’est autour de sa personne que se rallièrent les révoltés de Saint-Domingue après la déportation de Toussaint Louverture, erreur capitale de la France, mais salutaire pour nous. Il a fallu cette erreur pour faire naître Haïti.

Dessalines se trouve au cœur de ce que Leslie François Manigat appelle « le miracle haïtien. » « Des forces restées longtemps antagoniques ont pu se coaguler en une force unique. » Le Congrès de l’Arcahaie, le 18 mai 1803, a réalisé l’unité autour d’un chef et d’une cause commune. « C’est la base même de la nationalité haïtienne, le fondement solidaire et solide du fait national haïtien. » [1]

Après l’indépendance, « l’idéal dessalinien, dit encore Manigat, le rêve du Fondateur pour sa patrie était la parfaite réconciliation entre deux classes d’hommes nés pour s’aimer, s’entraider, se secourir, mêlées enfin et confondues ensemble. » « Noirs et jaunes…. vous ne faites aujourd’hui qu’un seul tout, qu’une seule famille », leur avait-il dit un jour. Dépassant les clivages, il s’entoura de mulâtres instruits comme secrétaires : Boisrond Tonnerre, Juste Chanlatte, Alexis Dupuis, Balthazar Inginac. Il voulut même marier sa fille, Célimène, à Alexandre Pétion.

Hélas, cette unité ne fut qu’éphémère. Elle ne tarda pas à s’effondrer. Les intérêts personnels l’emportant sur ceux de la nation, de sanglantes et interminables luttes fratricides amenèrent les États-Unis d’Amérique à occuper militairement le pays le 28 juillet 1915, sous prétexte d’y rétablir l’ordre.

Grande faiblesse caractérielle que la division, ouverte ou larvée, chez les Haïtiens. Cause d’incessants déboires et des malheurs d’un peuple qui avait pourtant fait l’une des heures étoilées de l’humanité, par sa victoire sur les soldats les plus aguerris du XIXe siècle. Faiblesse souvent entretenue en sourdine si ce n’est directement par l’étranger, fort mal à l’aise avec notre indépendance.

« Il faut constamment soulever les va-nu-pieds contre les gens à chaussures et mettre les gens à chaussures en état de s’entre-déchirer les uns les autres ; c’est la seule façon pour nous d’avoir une prédominance continue sur ce pays de nègres qui a conquis son indépendance par les armes. Ce qui est un mauvais exemple pour les 26 millions de Noirs d’Amérique », déclare Franklin Delano Roosevelt, président des États-Unis.

Si nous avons cessé d’être dessaliniens peu après notre indépendance, aujourd’hui, nous le sommes encore moins. En essayant de résoudre des problèmes collectifs sur un plan strictement personnel, notre élite et notre bourgeoisie ont versé dans un individualisme choquant et béat. Par exemple : compensation de l’absence d’électricité par des groupes électrogènes privés, précarité des routes par des voitures super-géantes à quatre roues motrices, voyages à l’étranger pour se faire soigner d’une banale grippe, avion-ambulance en cas d’urgence au coût moyen de 30 000 dollars américains.

Pourtant, dans les années 50 du siècle dernier, beaucoup de malades des pays de la Caraïbe venaient en traitement à l’Hôpital Général Universitaire de Port-au-Prince, à l’Hôpital Justinien du Cap-Haïtien ou au Centre de Réhabilitation de Frères, à l’époque, le plus grand des Antilles. Ce centre avait été construit par le gouvernement du président Paul Eugène Magloire. Un acte noblement dessalinien. L’occasion, peut-être, de rappeler que c’est Dessalines qui fit construire en Haïti, à l’instigation de son épouse, Claire-Heureuse, la première école des infirmières, l’une des premières du continent américain. Contrairement à aujourd’hui, il avait à cœur la santé de son peuple.

Est-il encore possible d’inverser le cours de cette maladie obsessive du chacun pour soi en Haïti afin de sauver la mémoire dessalinienne ?

Je suis de ceux qui croient au pouvoir du logos, comme Hannah Arendt, Karl Otto Appel et Jürgen Habermas. Le logos comme espace sans domination. Les hommes y sont en relation mutuelle. Ils débattent et se persuadent. Parce que Jürgen Habermas appelle l’agir communicationnel, socle de ce qu’il désigne sous le nom de pragmatique de l’intersubjectivité, le monde du vécu peut être transformé. Dans le dernier chapitre de La phénoménologie de l’Esprit, Hegel parle du « Je, qui ne se réalise que dans le Nous, après ses démêlés avec le Nous. Il s’oppose à cette non-possession de nous-mêmes… » [2] Ce fut le cas pour l’illustre Fondateur de notre patrie.

Voulons-nous redevenir dessaliniens ?

Commençons par un dialogue fait de respect mutuel, par l’entraide et le dépassement de nous-mêmes..

Jean-Jacques Dessalines est l’homme de l’ordre

Le bon sens est la chose la mieux partagée, du fait qu’il existe en tout homme « une lumière innée et des semences de vérités. » À ce compte, nul n’est plus cartésien que Jean-Jacques Dessalines. Nonobstant sa rudimentaire instruction, il avait compris que l’ordre seul pouvait garantir la stabilité de la jeune nation.

Pour lui, il était nécessaire de doter l’administration territoriale d’une structure militaire. L’armée a été l’instrument de l’Indépendance nationale. De plus, elle représente une force de dissuasion contre toute velléité de retour des anciens colons.

Aussi, quatre grandes divisions militaires furent-elles crées : celle du Nord et du Nord-Ouest, commandée par le général Christophe, celle de l’Artibonite, commandée par le général Gabart, celle de l’Ouest, commandée par le Général Alexandre Pétion, celle du Sud, commandée par le général Geffrard. Le général Vernet, ministre des finances, était chargé de la gestion des deniers publics. Dans chaque division militaire du pays, un administrateur secondait le ministre : Ferrier dans le Nord et le Nord-Ouest, l’intègre Joseph Baltazar Inginac dans l’Ouest, Chareron dans l’Artibonite, Papailler dans le Sud.

Connu dans les hautes sphères de la finance d’outre-mer, Joseph Bunel s’occupait des relations commerciales avec l’Allemagne, l’Angleterre et les États-Unis d’Amérique. Saint Victor Jean-Baptiste écrit que ces trois pays « se rencontraient dans les eaux territoriales apportant de nouvelles conventions pour favoriser ou activer les échanges. » [3] Bunel était aussi responsable de la rédaction des règles de vérification des titres de propriété.

L’Arrêté du 4 mai 1804 était destiné à combattre la fraude fiscale. Le Décret du 25 octobre 1804 ordonnait de placer les vagabonds et les oisifs sur les habitations de l’État où ils étaient astreints au travail. Le paysan qui dépassait le délai qui lui était assigné pour séjourner en ville était sévèrement puni. Les navires étrangers qui partaient furtivement sans acquitter les droits de douane étaient arraisonnés par la marine haïtienne. Le décret du 1er février 1806 interdisait l’abattage et l’exportation du bois de campêche.

Ainsi, après une période d’errance et d’incertitude, une ère de paix et de prospérité débuta, notamment au début de l’empire. La Constitution impériale du 20 mai 1805 eut le souci de respecter les droits et libertés des citoyens, tout en sévissant contre les coupables.

Face au désordre, au banditisme et à la corruption que connaît actuellement Haïti, oserions-nous, en cette fin de 2006, nous réclamer de Dessalines ? Pourquoi un tel chaos perdure-t-il ? Sartre nous l’explique :

« Le désordre est le meilleur serviteur de l’ordre établi. Toute destruction brouillonne, affaiblit le plus faible, enrichit les riches, accroît la puissance des puissants. »

Quelle impudence ! Fleurir la tombe de Dessalines et débiter des discours fallacieux, en ce 17 octobre 2006 !

Voulons-nous redevenir dessaliniens ?

Commençons à respecter la mémoire du Fondateur de notre patrie.

Jean-Jacques Dessalines, le défenseur de l’intégrité du territoire national

Un éventuel retour des Français l’obsédait. D’où son mot d’ordre aux généraux : « Au premier coup de canon les villes sont rasées et la Nation entière est debout. » Des fortifications étaient érigées à travers le pays. Parfait militaire, comme le soutient le général Nemours, il avait eu aussi l’idée de construire une grande manufacture pour la fabrication de poudre à canon et à fusil. Elle devait être confiée au contingent polonais qui s’était retourné contre les Français. Il avait même voulu confectionner des canons à partir de son projet de fonderie nationale. Mais, c’est Christophe qui en fut l’héritier.

L’armée comprenait 52 000 soldats, 43 000 hommes d’infanterie, 6 000 cavaliers, 3 000 marins.

Hier, l’intégrité de notre territoire était notre préoccupation fondamentale. Elle était celle des Cacos de Charlemagne Péralte et de Benoît Batraville.

Elle était aussi celle d’une intelligentsia farouchement opposée à l’occupation de 1915. Écoutons Émile Roumer :

« Je garde souverain, dédaignant le blasphème, Le sourire du sage et l’orgueil du rebelle. »

Voici maintenant Jean Brière qui, sur l’esplanade de la cathédrale de Port-au-Prince, galvanisa la foule venue assister à l’office funèbre célébré pour les combattants tués à Marche-à-Terre, non loin de la ville des Cayes :

« J’ai grandi, déchiré l’horrible préjugé
Qui remplace en nos cœurs la symbolique tranche
Qu’arracha au Drapeau le sublime insurgé ! »

Puis, Jacques Roumain dans son grand rêve d’élimination du capitalisme des blancs et de leurs acolytes par une révolution rouge :

« Et nous voici debout…
Marchant à l’assaut de vos casernes
et de vos banques comme une forêt de torches funèbres… »

Aujourd’hui, l’intégrité territoriale du pays n’intéresse guère grand monde. Du reste, mourir pour la terre natale est passé de mode. Symbole de la patrie, le drapeau est la nervure du sensible. Cette nervure renvoie à un transcendant : la Nation. L’Haïtien de nos jours, à quelques exceptions près, a perdu le sens de cette transcendance. Pourtant, « confondre sa vie dans les plis d’un drapeau, c’est donner un sens à sa vie. » Élite et bourgeoisie en déliquescence accordent plutôt leur préférence « au lit gluant » préparé par Martha dans le Malentendu d’Albert Camus.

Voulons-nous redevenir dessaliniens ?

Faisons passer la Nation avant nous, avant nos intérêts. Soyons prêts à nous imposer des sacrifices pour Elle.

Jean-Jacques Dessalines, un archétype de courage

« On ne peut répondre de son courage quand on n’a jamais été dans le péril », écrit La Rochefoucauld dans ses Maximes. Dessalines, l’Homme d’airain, comme l’appelle Timoléon Brutus, n’a cessé de côtoyer le danger, que ce fût comme esclave marron, que ce fût comme lieutenant-général de Toussaint Louverture dans la guerre du Sud ou à la Crête-à-Pierrot, que ce fût comme chef de l’Armée de l’Indépendance à Vertières et à la Butte Charier. Moment de sa fulgurance, son « moment hyperbolique », dirait Jacques Derrida. Au cours de la période troublée qui précéda son assassinat, il n’avait pas hésité à parcourir le pays avec une escorte réduite. Aussi, se retrouva-t-il avec quelques-uns de ses hommes les plus dévoués au Pont-Rouge au funeste matin du 17 octobre 1806. À l’occasion de ce triste anniversaire de la mort du Fondateur, je ne peux m’empêcher d’évoquer ces vers de Victor Hugo :

« Comme si le soleil était mort en laissant
Sur l’horizon sinistre une mare de sang. »

Je me permets de rapprocher le courage du Fondateur de notre patrie à celui de Gilliat, le héros de Victor Hugo dans les Travailleurs de la mer. Par son énergie, et surtout par sa persévérance, Gilliat se libère des tentacules munis de ventouses d’une méchante pieuvre. Glorification de la lutte existentielle de l’homme que ce roman de Victor Hugo. De notre côté, un hercule comme Dessalines n’a-t-il pas droit lui aussi à nos hommages ?

Carl Gustave Jung appelle archétype une personnalité supérieure aux traits archaïques dans l’inconscient personnel ou collectif. Tel est le cas du Faust de Goethe, du Zarathoustra de Nietzsche. L’archétype contient une forte charge émotionnelle d’ordre numineux, si l’on préfère d’ordre sacré. Un océan d’énergie pour l’inconscient personnel et collectif. Le psychanalyste Heinz Kohut place cette dynamite dans le Soi, né, selon lui, du clivage du Moi freudien. Réceptacle des investissements narcissiques, le Soi, grâce à ses images archétypiques, fait basculer au cours de l’existence l’axe oedipien vers l’axe narcissique. Ainsi, l’archétype aimante la vie de l’homme. Il donne de l’ossature à son psychisme inconscient. Les archétypes peuplent les mythes et les religions.

Ne soyons pas étonnés de voir l’Haïtien se muer en Dessalines, son archétype de prédilection, son réservoir d’énergie, surtout dans les périodes de crises nationales ou même au cours des difficultés de la vie personnelle. Notre peuple a mythifié Jean-Jacques Dessalines à cause de son exceptionnel courage et de sa féroce ténacité. Tant et si bien que dans le vodou, religion populaire traditionnelle, Dessalines fait partie de l’olympe des esprits de la surnature, les lwa. Voire, il est souvent confondu avec le turbulent Papa Ogou, l’esprit, le lwa de la guerre. Le Cyrénaïque Évhémère ne soutenait-il pas au IIIe siècle avant Jésus-Christ que les dieux sont des héros ayant réellement vécu et dont la légende s’est graduellement emparée après leur mort.

Voulons-nous redevenir dessaliniens ?

Aujourd’hui, Haïti est acculée à l’état de loque, à l’état de poussière. Ses hommes ne cessent de se rapetisser. Restons dignes de la mémoire de l’Homme d’airain, en ayant davantage de tonus. Surtout une colonne verticale.

Chassons l’égoïsme de nos cœurs. Tâchons de réaliser une robuste complexion commune, un ingenium collectif, pour reprendre Spinoza. Le primum movens de ce que l’auteur de l’Éthique appelle le conatus sese conservandi, c’est-à-dire l’effort courageux de nous conserver dans notre être propre, en d’autres termes notre velléité de vivre en tant qu’Haïtiens.

Jean-Jacques Dessalines, le revendicateur des droits à l’égalité

Pour l’historien Beaubrun Ardouin : « Le Gouvernement qui, en Haïti, ne pourra pas ou ne voudra pas se convaincre que l’égalité en toutes choses est le droit le plus précieux aux yeux du peuple, sera toujours exposé à se fourvoyer… »

Dessalines, le premier chef d’état haïtien avait compris l’aspiration de son peuple aux droits à l’égalité. Au tout début de son administration, par le décret du 4 janvier 1804, « il invita tous les citoyens en exil à regagner leur patrie après avoir pris l’engagement de payer le coût de leur voyage. » [4]

Ayant déclaré, nous dit Madiou, « qu’il serait injuste d’établir des droits inégaux dans les successions entre les hommes qui sortaient tous de la servitude et la dégradation », Dessalines revendiqua les privilèges de tous les enfants, légitimes ou pas, à hériter de leurs pères et mères. L’article 10 de la Charte impériale de 1805 est clair sur la question.

Contrairement à Ardouin et à Dorsainvil, à croire Saint Victor Jean-Baptiste, la réforme agraire de Dessalines visait fondamentalement à établir des droits égaux pour tous à la propriété. Une véritable révolution, nous dit cet auteur. Louis-Joseph Janvier partage cette opinion. Il voulait fonder « la véritable indépendance du paysan en faisant de lui un propriétaire du sol. » « Il avait des plans de gouvernement excellents, bien conçus, parfaitement réalisables », ajoute-t-il. [5] On se souvient de la philosophie politique de John Locke : « Un champ en friche n’est rien, il ne devient quelque chose que par le travail humain ; il appartient donc de droit à celui qui l’a ensemencé et fécondé. »

Dessalines pensait-il vraiment à une révolution agraire ? « Et les Noirs dont les pères sont en Afrique, ils n’auront donc rien », laissa-t-il échapper à un mauvais tournant de sa réforme. Voulait-il s’orienter à son insu vers un saint-simonisme ? En faisant de l’État l’un des garants de la propriété, aurait-il glissé vers un communisme avant la lettre ? Celui des Manuscrits de 1844 de Marx. De toute façon, cette réforme agraire le conduisit en ligne droite vers son assassinat au Pont-Rouge, le 17 octobre 1804. Erreur ou pas du Fondateur, et sans égard pour ses lacunes personnelles, le président Sténio Vincent invitait à l’appeler le Père de la Patrie.

Quoiqu’il en soit, que nous sommes loin aujourd’hui de l’idéal de Dessalines ! Existe-t-il une différence entre le colon d’hier et l’actuel Haïtien de l’élite ou de la bourgeoisie qui veut accaparer tout à son profit, sans laisser la moindre miette au peuple ?

Voulons-nous redevenir dessaliniens ?

Alors, sachons partager. Que notre devise nationale “Liberté, Égalité, Fraternité” ne soit pas un simple balbutiement de mots sans concept sous-jacent, un flatus voci, diraient les Scolastiques. Qu’elle ne soit pas non plus un mensonge, une duperie, une grimace.

Je ne crois pas que nous arriverons à ce partage des richesses par la lutte des classes, une conception binaire de la société, souvent utilisée dans notre pays à des fins trompeuses de guerre socio-politique. Pourquoi pas un discours philosophico-juridique où soit possible pour chacun de se faire reconnaître et de faire valoir ses droits ? Je pense au programme de John Rawls, le Maître de Harvard. Il préconise une structure sociale tenant compte des intérêts de tous.

Mais, pour rester fidèles à Jean-Jacques Dessalines, le Fondateur de notre patrie, ainsi qu’à tous nos aïeux, nous devons cesser en Haïti d’assassiner ou de dérouter nos figures de l’esprit.

Quelles sont nos figures de l’esprit ?

L’expression appartient à Hegel dans sa Phénoménologie de l’Esprit. Pour lui, l’Esprit c’est l’Idée qui, ayant surmonté son aliénation de l’état de nature, acquiert la Liberté, son but final. L’Esprit est d’abord subjectif. Il connaît et il veut. Il devient ensuite objectif, en réalisant la Liberté dans l’État, par le droit, la morale et la société. Hegel réserve la dernière étape à ce qu’il appelle l’Esprit Absolu.

L’auteur de la Phénoménologie de l’Esprit appelle Napoléon Bonaparte « l’Esprit à cheval », un esprit objectif, créateur d’un état impérial libre, doté de lois. Pourquoi, à notre tour, ne ferions-nous pas de notre Dessalines une Figure de l’Esprit objectif ? Il a fondé une Nation, puis un empire. Il a laissé une constitution, la Charte de 1805. Il visait à une éthique, celle du partage, peu importe qu’elle ait échoué. Il avait voulu d’une société juste. Même, il a été un précurseur du panaméricanisme.

Cependant, chez Hegel, l’odyssée de l’Esprit passe par des étapes négatives appelées à être sursumées. « Cet être-là supprimé est le nouvel être-là, un nouveau monde, et une nouvelle figure de l’esprit. » [6] Première figure de l’Esprit en Haïti, Dessalines est assassiné. Nous voici à une phase hégélienne de médiation négative. D’autres grandes Figures de l’Esprit tomberont chez nous après celle de l’Homme d’airain. Citons-en quelques-unes :

L’écrivain Massillon Coicou et son frère.
Le grand romancier Jacques Stephen Alexis
Le philosophe et écrivain Antonio Vieux, le Jean-Paul Sartre d’Haïti
L’économiste Gérald Brisson
L’anthropologue Lionel Loubeau
Le juriste Lafontant Joseph
L’agronome Jean Dominique
Le journaliste Brignole Lindor.

Sans compter la mise en déroute des intelligences comme celle d’Anténor Firmin, de Louis-Joseph Janvier, de Madeleine Sylvain Bouchereau, les actes de violence contre nos universitaires et leurs professeurs, jusqu’à leur recteur.

Mais l’Histoire est le mouvement par lequel l’Esprit se retrouve et se reconquiert. « L’Esprit est ce qui se retrouve », souligne Hegel. D’autres Figures de l’Esprit surgiront !

À son époque, Dessalines avait protégé toutes les intelligences qui pouvaient être utiles au pays, prêtres, médecins, avocats. Le médecin et ethnobotaniste français Descourtilz a été ainsi épargné.

Voulons-nous redevenir dessaliniens ?

Comme l’a tant crié notre jeune philosophe, Camille Loty Malebranche : « Il faut rebâtir l’Esprit en Haïti ! » Il faut aussi récupérer toutes nos valeurs techniques et intellectuelles réfugiées dans les pays étrangers à cause de leur non-militantisme politique. Seule façon de sursumer cette négativité, afin de réaliser l’Aufheben dont parle Hegel. Car il est définitivement honteux, inconcevable dans notre pays que des chefs de bandes et des chimères aient plus de valeur que des techniciens et des penseurs.

En vérité, Haïti ne mérite pas le triste sort dont ses propres fils sont les principaux artisans aujourd’hui. Ces vers des Métamorphoses d’Ovide sont devenus son leitmotiv quotidien :

Modo maxima rerum
Tot generis natisque potens...
Nunc trahor exul, inops...

(Traduction : Naguère la plus grande de toutes les choses, puissante par tant de gendres et de fils... me voici désormais exilée, dépouillée...)

« N’est pas Haïtien qui n’est pas dessalinien », dit Louis Mercier. L’anniversaire de la mort de Dessalines représente pour nous l’occasion, non pas de l’exalter en termes dithyrambiques, grandiloquents, fourbes et démagogiques, mais celle de nous dépasser par un supplément d’âme pour sauver notre chère Haïti. Et pour tous les compatriotes qui veulent redevenir dessaliniens, l’occasion aussi de refaire le serment du poète national Tertullien Guilbaud :

« J’aime d’un fol amour ma Patrie. Elle est belle
A mes yeux éblouis, d’une altière beauté.
Comme le firmament je la crois éternelle :
Nul ne peut dans le monde, abattant sa fierté
L’empêcher de monter où le destin l’appelle. »

9月4日

Renforcement de la coopération entre les appareils de sécurité haïtien et dominicain

Les représentants des Etats-Unis directement impliqués dans une rencontre entre le directeur de la Police Nationale d’Haïti, Mario Andrésol et les responsables des structures de sécurité dominicaines
Posté le samedi 2 septembre 2006
Par Radio Kiskeya

Les autorités policières haïtiennes et dominicaines, assistées de hauts gradés de l’armée dominicaine et de représentants du gouvernement américain, ont annoncé vendredi la création prochaine d’un bureau haïtiano-dominicain de liaisons permanentes en vue de lutter contre le trafic de drogue, d’êtres humains, le vol de véhicules et la contrebande à la frontière.

La nouvelle structure, qui constituera un système d’échange d’informations, intégrera les forces de sécurité des deux pays incluant la Direction nationale dominicaine de contrôle des drogues (DNCD), ont indiqué les responsables.

Lors d’une énième rencontre au sommet dans la ville frontalière dominicaine de Jimanì, le commandant de la Police Nationale d’Haïti (PNH), Mario Andrésol et ses interlocuteurs dominicains ont passé en revue la situation sécuritaire des deux côtés de la frontière et se sont engagés à renforcer l’offensive lancée contre les trafiquants de tout poil.

"Quand nous réalisons ce type de coopération, cela constitue une aide supplémentaire pour nous qui sommes en train de lutter contre la criminalité dans notre pays", a fait remarquer le directeur général de la PNH qui, pour la circonstance, portait un uniforme kaki orné d’étoiles dorées.

Pour sa part, le major-général Rafael Ramìrez Ferreiras, nouveau président de la DNCD, a fait savoir que Santo Domingo va élaborer un programme d’entraînement à l’intention des policiers haïtiens affectés à la lutte contre le narcotrafic et d’autres délits. "A partir de maintenant, nous espérons que ces liens (entre les deux pays) vont se renforcer. Et nous allons développer de nouveaux rapports en réservant notamment des séances d’entraînement spéciales aux membres de la police haïtienne qui luttent contre le fléau de la drogue", a assuré Ramìrez Ferreiras.

La réunion sécuritaire haïtiano-dominicaine s’est tenue à l’hôtel Jimanì en présence d’Elisabeth Foley, représentante du bureau de sécurité de l’ambassade des Etats-Unis à Santo Domingo et d’Elìas Lòpez, principal responsable de l’agence anti-drogue américaine (DEA) en République Dominicaine.

Le chef de la police dominicaine, le major-général Bernardo Santana Paéz, retenu par certaines occupations urgentes, a dû se faire représenter par le porte-parole de l’institution, Simòn Dìaz.

La rencontre a été coordonnée par le consul général dominicain en Haïti, Carlos Castillo, tandis que l’inspecteur général de police Jean Yonel Trécil jouait le rôle d’interprète pour sa première apparition publique depuis des mois.

Depuis 2004, sous l’administration de l’ancien directeur de la Police Nationale, Léon Charles, la coopération entre les polices haïtienne et dominicaine est effective. Ces derniers mois ont été marqués par des expulsions vers Port-au-Prince et Santo Domingo d’individus en cavale et des échanges de véhicules volés, coupant quelque peu les ailes aux gangs qui opèrent sur le territoire des deux républiques voisines séparées par une bande frontalière de près de 400 kilomètres. spp/RK

Radio Kiskeya

 
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