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    October 14

    Naître humain, Vivre en haïtien et mourir en animal

     

    L’histoire s’achève à Villa Vasquez. Une petite commune de la République Dominicaine. Là ou s’achève des milliers d’histoires. Des histoires semblables ou seuls les acteurs changeant de visage ou de noms jouent toujours le même rôle.

    Il s’appelait Jean Baptiste Antoine. Peu importe le nom. Il avait 44 ans. Peu importe son âge. Il avait cru comme beaucoup d’autres que naître de l’autre côté de la rivière aurait changé son karma.

    Pour survivre il voulut forcer le destin et traversa le « massacre » à pied. A contre courant à contre sens et  à contre jour.

    Qui sait. Peut être avait il sillonné pendant plus de dix heures les sillons dénudés et arides de la chaîne du Bahoruco ?

    Peu importe, il y est parvenu. La terre promise ! Là ou coulent, le travail, les discriminations  et de quoi manger. Là il faut savoir fermer les yeux, veiller à ce que les oreilles restent bouchées, courber l’échine et marcher sur sa propre dignité. Juste pour avoir droit à quelques bouchées de manioc bouilli, saupoudré d’un soupçon de blanc d’œuf ou de hareng.

    Il avait fini par s’adapter et s’intégrer harmonieusement dans sa condition d’immigrants-sans-papiers comme il s’était accommodé dans sa carapace d’haïtien depuis sa naissance.

    Avant la dernière scène de Villa Vasquez, personne ne s’était inquiétée de savoir s’il avait de la famille, une ou des femmes. Cinq ou dix enfants.

    Pourtant il n’était pas malheureux. Sous une tonnelle en bordure d’un champ en friche il avait l’habitude de se réunir avec des amis.

    Doté d’une certaine inconscience bien venue et superbement calculée, il aimait s’asseoir de dos à l’ouest et tout ce qui s’y trouve. Ses pas dans l’eau. Ses trébuchements sur les sentiers abrupts. Les regards hagards de ses géniteurs. L’air perdu et vague du voyageur de l’inconnu de sa vieille mère attendant la mort. Ses racines…Haïti

    Il prêtait peu d’attention à ceux qui ironisaient son accent et son mauvais espagnol. Mais dans une contrée ou l’espoir se dessine surtout en gris et en terre battue, tout était bon à prendre. Rire, remède infaillible.

    Jean Baptiste n’avait pas trop réfléchi au futur. Ni proche. Ni lointain. Les jours se bousculaient à sa porte. Chacun avec son lot d’exigences.

    Ce matin sous la tonnelle de Villa Vasquez, il racontait sa dernière blague. Il riait à tue tête et en cascade. Avec le plus beau rire de l’imbécile heureux. Tout à coup, il fut surpris par une déchirante douleur. Des céphalées, des coliques, des précordialgies, une angine. Peu importe. Il ne le dira à personne. Il avait appris aussi à maîtriser sa douleur.

    Mais celle là était vraiment intense. Insupportable. Il voulut une dernière fois courber l’échine ; mais la douleur griffonna une ignoble grimace sur son visage qui se déforma et le terrassa.

    L’assistance mis du temps à comprendre. Personne ne lui porta secours. Il ferma les yeux et cessa de vivre…

    La  nouvelle ameuta davantage les gens que l’expression hideuse de cette douleur extériorisée malgré lui. Les curieux se sont rassemblés pour écouter le récit de ceux-là qui avaient eu l’insigne privilège de voir mourir quelqu’un qui était bien vivant avant sa mort.

    De l’autre côté de a la rivière il n’existe pas de mort naturelle. Il y a toujours une relation anticartésienne de cause à effet.

    Trouver les causes de la mort n’était pas à l’ordre du jour. La réalité de la situation se dessina quand la multitude des curieux laissa place à un tableau plus que sombre. Il n’y eut que ce silence.  Pas un cri, pas de larmes. Ni un pleureur ni  de chorale de pleureuses professionnelles. Pas de famille. Pas de parents.

    Les curieux s’en allèrent. Le corps de Jean Baptiste gisait à même le sol. Sa peau noire luisait encore couverte de fine couche de poussière blanche incorporée à l’épiderme.

    Ceux qui l’écoutaient deux heures plus tôt se regardaient entre eux. Etonnés de ne pas ressentir de tristesse particulière. En fait cet individu n’était qu’un parfait inconnu. Ils ne savaient rien de lui. Si ce n’est qu’il était haïtien et qu’il s’exprimait en un mauvais dominicain qui faisait rire.

    Le groupe diminua progressivement en nombre. Le silence devint de plus en plus lourd au fil des heures qui défilaient sans tenir compte qu’un cadavre non réclamé gisait au milieu de ces terres qui se perdaient à l’horizon. On n’entendait que zouzoument des cohortes de mouches qui arrivaient en battant de l’aile, attirées par l’odeur déjà pestilentielle d’un corps en décomposition.

    Quelques chiens de rues, galeux et affamés commencèrent aussi à s’approcher  d’une proie inhabituelle mais facile.

    Plus le jour tombait, plus le corps inerte de Jean Baptiste prenait du volume et se déformait. Les rumeurs ont vite fait le tour de l’ensemble des quartiers de Villa Vasquez. Elles étaient de toute sorte. Revues augmentées et corrigées jusqu’aux oreilles des autorités locales. La situation devenait inquiétante. Presque humainement insupportable. Le cadavre d’un haïtien sans papiers servait de nourriture à une bande de chiens affamés. C’est au moins ce qu’a appris le maire champêtre de Villa Vasquez.

    La situation exigeait une action énergique et ferme pour le salut des habitants de la Ville. La municipalité ne dispose pas de fonds destinés à enterrement d’haïtiens sans papiers et indigents.

    La peur d’être submergé sous le poids nauséabond d’une odeur pestilentielle de chair humaine en décomposition, réveilla de vocations de bienfaiteurs à un grand nombre d’habitants de Villa Vasquez qui généreusement cotisèrent et contribuèrent  à l’achat d’un cercueil premier prix.

    Le maire champêtre, une sorte de « chef section » de l’autre côté de la rivière se chargea d’accompagner Jean Baptiste libéré enfin de son fardeau vers une dernière demeure.

    Il est né humain, il a vécu en haïtienne t il est mort en animal de l’autre côté, là ou il trouva du travail, des discriminations et de quoi manger.

    September 19

    REQUIEM POUR NOS SALLES DE CINEMA

    En Haïti, comme partout ailleurs nous avons tout et de tout. Nous avons même un président et un premier ministre avec des deuxièmes, troisième voire douzième ministre. Ca va de soi dira-ton.

    Nous avons une culture certes et quoi de plus logique que d’avoir un ministère de la Culture avec son ministre, son directeur général et ses employés. Bien sûr. Nous les avons. A quoi sert un ministre de la Culture en Haïti ? A travailler et œuvrer pour la promotion de la Culture. Triste Palissade ! Comme le ministre de l’éducation œuvre en faveur de l’éducation et le ministre de l’environnement pour la protection de l’environnement. N’est ce pas ?

    Le Ministère de la Culture, il y a quelques années, a entretenu le vif de l’actualité. Un ministre s’est même fait virer par les députés d’une de nos législatures antérieures. Ce fut après un vote de censure précédent le renvoi par le Sénat de la République, du gouvernement de Jacques Edouard Alexis.

    Comme d’habitude, le Ministère de la Culture et son ministre se trouvent sur la sellette autour de la période carnavalesque.

    Ils sont souvent décriés après le carnaval quand les protagonistes réclament ce qui leur est dû ; ou quand un député de « Trou coucou » considère que sa commune a été traitée en parent pauvre dans la distribution et répartition des subventions pour les festivités.

    En dehors des scandales concernant  des contrats non honorés, entre deux carnavals c’est le calme plat. Un calme sépulcral.

    Pour assumer leur  existence et surtout leur  utilité en période extra carnavalesque, le ministère de la Culture et sont ministre se sont mis à la mode des colloques. Des colloques qui sont organisées avec cotillons pour tirer des conclusions plus qu’évidentes autant archiconnues qu’archi négligées. Mais c’est la mode. Soyons fous. Faisons de colloques ! Les bailleurs de fonds et les ONG ont toujours été friands et des passionnés de colloques. Ne gâchons surtout pas leur plaisir ! Et surtout ne cherchons pas à savoir les détails des dessous des colloques.

    Le sujet actuel traite de nos parcs nationaux. Dans le but d’éduquer nos compatriotes sur l’importance de notre parc culturel.

    Pourtant le ministère de la Culture pourrait bien avoir son mot à dire et une action à mener sur des sujets  visibles dans le panorama culturel haïtien comme le nez au milieu de la figure ; contre des comportements nuisibles  à notre culture artistique qui sont si bien assimilés qu’ils en deviennent normaux et naturels. La démocratie aidant, les fraudes sont appréhendées comme des droits.

    Que pense par exemple le ministre de la Culture sur la disparition de la totalité des salles de Cinéma du pays ?

    Comme on fait avec le poulet et les œufs, comme on a fait pour les études universitaires, bientôt depuis Port-au-Prince des excursions seront organisées vers la République Dominicaines avec comme attraction principale, voir les dernières productions cinématographiques.

    En effet nous avons appris récemment la fermeture prochaine de « Ciné Impérial », de la route de Delmas, présenté comme la dernière salle de Cinéma ouverte dans la capitale haïtienne avec plus de 2.000.000 d’habitants.

    Un groupe de cinéaste haïtiens, soit  pour sauver ce qui fut un des temples sacrés du septième art, soit pour un dernier coup avant la  disparition totale et définitive de ce mode de divertissement, organisent un ultime festival de cinéma d’Haïti dans les enceintes du Ciné Impérial.

    Il m’a fallu moins d’une minute pour me revoir  trente en arrière. Je n’avais jamais imaginé que chaque fois que je franchissais le portique d’une salle de cinéma de l’époque ; j’étais entrain de me payer un de ces putains de faux privilèges. De là, m’est venu l’idée de vous parler d’un temps. « Un temps que les moins de …..40 ans ne pourront pas connaître ». Quelques années avant l’installation, et l’éclosion de notre démocratie ; quelques années avant la troisième indépendance du pays ; le temps des « makouts » vêtus de « gros bleu » au foulard rouge cintré  de l’enveloppe extérieure de boîte d’allumettes.

    Comme aujourd’hui, Haïti faisait partie des nations les plus pauvres du monde. Comme maintenant nous ne possédions qu’un seul centre hospitalier universitaire, le même hôpital Général ; deux routes nationales desservant l’ensemble du territoire.

    La plus grande partie de notre jeunesse se confinait aux études. Le processus de « makoutisation » ne montrait rien de bien attrayant.  Les jeunes s’appropriaient de la lumière des lampadaires des places publiques, des lampes sculptées des patios espagnols des rares hôtels de luxe pour restructurer leurs esprits et éclairer leurs savoirs.  Ceux qui n’avaient ni les moyens ni les possibilités d’étudier, cultivaient leurs envies, leurs déceptions et leurs frustrations entre les mottes éparses des champs vastes et lugubres de la résignation. Pourtant il n’y avait ni kidnapping, ni kidnappeurs ni kidnappés.

    Tous les moyens étaient bons à prendre quand il s’agissait de se former, s’informer et s’éduquer.

    On s’amusait aussi. Le Cinéma demeurait le divertissement sain par excellence. Chaque quartier disposait de sa salle de ciné. Chaque salle configurée en fonction et à la hauteur des moyens des résidents de la zone.

    De Carrefour à Pont Rouge. Les enseignes lumineuses les une les plus originales que les autres contribuaient à l’harmonie visuelle des agencements des devantures des immeubles et des corridors. Sidney Poitiers, Yves Montand, Charleston Heston, faisaient corps, derrière les vitrines, avec les foules qui animaient le centre ville.

    Cric-Crac Ciné à Carrefour, Ciné Sénégal à Martissant, Ciné Olympia au portail de Léogane, Ciné  Lido au boulevard Jean Jacques Dessalines, Airport Ciné à Pont Rouge accueillaient régulièrement leurs ouailles avec des productions diverses : « Cow-boy, Karaté, drame porno ».

    Port-au-Prince comptait aussi des complexes cinématographiques avec deux ou trois salles. Ciné Capitol, Ciné triomphe et Ciné Impérial.

    Le Ciné Paramount et le mythique REX THEATRE occupaient des places de choix en plein champs de Mars.

    Les familles pouvaient voir les films à même leurs voitures : On avait des « drive in » Ciné ! (A SUIVRE)

     

     

     

    September 21

    jonasjolivert wants to keep up with you on Twitter

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    March 20

    4 morts et plusieurs blessés lors d’une attaque des bandits de Fò Touron


    Au moins 4 personnes ont été tuées et plusieurs autres blessées hier soir dans le quartier de Bel Air (Port-au-Prince) lors d’une attaque lancée par un groupe de bandits armés de Fò Touron.

    Des résidents bu Bel Air déclarent que le chef de gang de Fò Touron, " Billy" était à la tête d’un groupe d’hommes armés qui avaient utilisé une bande de rara de La Saline et Fò Touron pour entrer dans le quartier de Bel Air. " Billy au volant de sa voiture avait effectué trois visites d’inspection dans l’après midi", a indiqué un riverain.

    Un autre résident soutient que son frère, Kelly Dorceus a été abattu de plusieurs balles par les bandits vers 10 heures du soir.

    Selon les riverains, des bandits de Fò Touron dans la zone de La Saline et Delmas 2 sont responsables de cette fusillade qui a également fait des victimes dans les rangs des participants au rara.

    " La fusillade a débuté dans la zone de morne Marinette", indiquent des habitants du Bel Air qui soulignent que le chef de gang, Billy, recherché par la justice circule librement avec son arme à feu dans les rues de la capitale.

    Des jeunes du Bel Air interrogé sur les circonstances de la fusillade affirment qu’il n’y avait pas d’affrontement entre des individus armés et des bandits de Fò Touron qui ont fait beaucoup de victimes parmi les résidents du quartier.

    " Nous étions assis paisiblement quand ils ont commencé à tirer ", soutiennent ils expliquant que des vieillards ont été grièvement blessés.
    December 11

    LE COLLECTIF HAITI DE FRANCE, L'ASSOCIATION POUR QUE L'ESPRIT VIVE INVITENT A UN EVENEMENT SANS PRECEDENT: "ESCLAVES AU PARADIS"

    Nous avons reçu ce courrier très intéressant du bureau du Collectif Haïti de France que nous soumettons à votre considération pour votre information et une éventuelle participation.
     
    Aux associations agissant pour et avec Haïti
     
    Soutenant des projets en Haïti, vous n'ignorez pas le sort des Haïtiens qui travaillent en République Dominicaine (RD).
    Beaucoup sont employés comme coupeurs de canne à sucre et vivent regroupés dans des villages appelés "bateyes". Les sociétés sucirères en RD ont besoin d'une main-d'oeuvre abondante  pour couper la canne à sucre et utilisent pour cela des haïtiens (notamment recrutés par des trafiquants en Haïti) ou des descendants d'Haïtiens nés en RD, dont beaucoup n'ont aucun état civil.
     
    Cette absence de statut social et les conditions de vie, ou plutot de survie (insalubrité, horaires de travail écrasant, salaires misérables, absences d'accès aux soins) de ces "braceros" sont telles que leurs sort est souvent qualifié "d'esclavage moderne".
    L'association Pour que L'Esprit Vive organise en mai 2007 à l'occasion de la journée mondiale  contre l'esclavage (le 10 mai) une serie d'activités visant à dénoncer les conditions de vie dans les bateys: exposition photographique et support sonore, tables rondes avec intervenants haïtiens et dominicains, films. C'est l'évènement "Esclaves au paradis".
     
    Persuadé de l'intérêt que le Collectrif Haïti de France et ses adhérents portent à cette situation dramatique, les organisateurs nous ont sollicité pour participer à l'organisation de la table ronde à Paris, mais aussi pour y donner une suite en région, en partenariat avec les groupes locaux d'Amnesty International.
     
    Afin de pouvoir organiser cette campagne, nous aimerions, dans un premeir temps, connaître  ceux d'entre  vous qui souhaiteraient organiser une rencontre sur ce thème dans leur région.
     
    Si vous êtes prêts à participer à cette campagne de sensibilisation, merci de nous faire savoir avant le 15 Janvier.
     
    Cordialement
    Le Collectif Haïti de France
     
    Pour plus d'information: Collectif Haïti de France au  0143483178 ou conatct@collectif-faiti.fr
     
     
    Collectif Haiti de France
    21 Rue Voltaire
    75011 Paris
     
    October 20

    AUTOUR DE L'HOMME D'AIRIN...L'UNIVERSEL

    A l’occasion du 17 octobre 2006
    Sommes-nous encore Dessaliniens ?

    mardi 17 octobre 2006

    Par Michel-Ange Momplaisir

    Soumis à AlterPresse le 16 octobre 2006

    Le Gouvernement qui, en Haïti, ne pourra pas ou ne voudra pas
    se convaincre que l’égalité en toutes choses est le droit le plus précieux
    aux yeux du peuple, sera toujours exposé à se fourvoyer…

    (Beaubrun Ardouin)

    Sommes-nous encore dessaliniens à la fin de 2006 ?

    Telle est la question que je me pose en ce dernier trimestre de l’année 2006. Permettez-moi d’avouer que la traductrice au gouvernement fédéral du Canada, Madame Yanick Gauthier, est l’étincelle initiatrice de cette présente interrogation. De l’aide qu’ils m’ont apportée, je tiens à remercier spécialement la spécialiste en communication, Madame Maryse Gauthier, le juriste Jacques Brutus, le psychopédagogue Christian Yvon Gauthier, et mon confrère philosophe Henri Piquion.

    Certes, je n’ai pas l’étoffe d’un historien. Comme la plupart de mes compatriotes d’outre-mer, je suis chaque jour avec angoisse les errements, les tergiversations, les ratiocinations de la politique haïtienne. Je me demande si, aujourd’hui, nous sommes encore dignes de nos aïeux.

    Que l’administration de Dessalines ait échoué sur la question agraire, cela ne saurait pour autant justifier le drame du Pont-Rouge, le 17 octobre 1806. On ne tue pas un fondateur de Patrie.

    Au début de la préface de Cromwell, Victor Hugo définit la fonction didactique du théâtre. Il conçoit ce genre littéraire comme « une tribune, une chaire. » Voilà pourquoi Massillon Coicou, de l’assassinat de Jean-Jacques Dessalines, nous fait une leçon de morale dans sa pièce, Liberté, écrite pour commémorer le centenaire de ce triste événement. On ne tue pas un fondateur de Patrie.

    De son côté, Occide Jeanty n’a pas manqué de traduire une telle leçon de morale dans sa célèbre marche funèbre, Les imprécations de Dessalines, composée à l’occasion du 17 octobre 1906. La mélodie d’Occide Jeanty souvent se présente comme le miroir des blessures et des mutilations de la vie nationale.

    Tel qu’indiqué précédemment, je n’ai pas la compétence pour faire une lecture historienne ou épistémologique de Dessalines. J’éviterai cependant le piège de l’hagiographie. Professeur à la Faculté d’Ethnologie, Monsieur Lorimer Denis se signalait par ses louanges osées : « Dessalines est le Christ d’Haïti. » De la même manière, le Docteur François Dalencour s’était constitué idolâtre d’Alexandre Pétion. J’éviterai aussi de prendre le parti des détracteurs. Comment attribuer à la gestion du fondateur de la Patrie tous les malheurs qui se sont abattus sur elle depuis son indépendance ?

    Je me contenterai seulement de me demander si, de l’héritage dessalinien, il reste quelque chose aujourd’hui.

    Jean-Jacques Dessalines est l’homme du refus

    Refus de sa condition d’esclave. Un rebelle, un vrai nègre marron, au corps lacéré de cicatrices laissées par les verges de fer. Farouche refus de l’inégalité sociale régnant alors à Saint-Domingue

    Une telle opposition du sujet aux conditions de son existence le conduit nécessairement à la révolte. L’individu « se rend compte qu’il n’est plus seul avec le destin », explique Albert Camus dans L’homme révolté. Il s’identifie alors aux autres hommes souffrants. Aussi, le fondement de toute révolte, « cet élan qui revendique l’ordre au milieu du chaos », est-il la solidarité. On la trouve à la base de la rébellion générale des esclaves de Saint-Domingue. Victor Hugo en fait la source d’inspiration de son premier grand roman, le Bug Jargal, écrit à 16 ans, en 1818.

    Il a naguère existé des hommes du refus chez nous, de vrais dessaliniens.

    D’abord Henri Christophe. Sommé par le représentant de Sa Majesté le Roi de France, Franco de Medina, de payer la dette de l’Indépendance, Christophe explosa de colère. Il fit fusiller Franco Medina. Séance tenante, il mit son armée au grand complet sur pied de guerre.

    En dépit des nombreuses pressions exercées sur lui, Nissage Saget refusa toute prolongation de son mandat présidentiel. La constitution de son pays le lui interdisait. Il préféra se retirer sur ses terres à Saint-Marc. Leçon dont nos actuels politiciens peuvent bien se moquer.

    Quand la communauté internationale demanda au général Turenne Jean- Gilles, commandant du département du Nord, de marcher sur Port-au-Prince à la tête de ses troupes pour renverser le progressiste président Antoine Simon, indigné, Turenne s’écria : « Non, jamais ! »

    Aujourd’hui, nous acceptons tout. Nous nous complaisons dans une indigne condition d’esclaves. Nous nous repaissons des misérables ersatz de la médiocrité et de la superficialité. Nous vivons dans le mode de l’inauthentique, dans le philistinisme culturel. S’ils avaient été vivants, Nietzsche et Heidegger nous auraient sévèrement pointé du doigt. En vérité, nous avons perdu le réflexe nauséeux. Nous avalons l’iniquité comme l’eau. Nous nous vendons au plus fort.

    Hélas, Haïti de nos jours est réduite à faire siens ces vers très connus d’Alfred de Musset :

    « J’ai perdu jusqu’à la fierté
    Qui faisait croire à mon génie ! »

    C’est un refus collectif, le Refus global, en août 1948, qui inaugura l’ère de la révolution tranquille, grâce à laquelle le Québec se trouve maintenant dans une position d’avant-garde.

    En ce dernier trimestre de 2006, il ne reste plus grand-chose de l’héritage du Fondateur de notre patrie.

    Voulons-nous redevenir dessaliniens ?

    Si tel est le cas, ayons le courage de dire non au démantèlement systématique de notre pays.

    Jean-Jacques Dessalines est l’homme de l’unité

    C’est autour de sa personne que se rallièrent les révoltés de Saint-Domingue après la déportation de Toussaint Louverture, erreur capitale de la France, mais salutaire pour nous. Il a fallu cette erreur pour faire naître Haïti.

    Dessalines se trouve au cœur de ce que Leslie François Manigat appelle « le miracle haïtien. » « Des forces restées longtemps antagoniques ont pu se coaguler en une force unique. » Le Congrès de l’Arcahaie, le 18 mai 1803, a réalisé l’unité autour d’un chef et d’une cause commune. « C’est la base même de la nationalité haïtienne, le fondement solidaire et solide du fait national haïtien. » [1]

    Après l’indépendance, « l’idéal dessalinien, dit encore Manigat, le rêve du Fondateur pour sa patrie était la parfaite réconciliation entre deux classes d’hommes nés pour s’aimer, s’entraider, se secourir, mêlées enfin et confondues ensemble. » « Noirs et jaunes…. vous ne faites aujourd’hui qu’un seul tout, qu’une seule famille », leur avait-il dit un jour. Dépassant les clivages, il s’entoura de mulâtres instruits comme secrétaires : Boisrond Tonnerre, Juste Chanlatte, Alexis Dupuis, Balthazar Inginac. Il voulut même marier sa fille, Célimène, à Alexandre Pétion.

    Hélas, cette unité ne fut qu’éphémère. Elle ne tarda pas à s’effondrer. Les intérêts personnels l’emportant sur ceux de la nation, de sanglantes et interminables luttes fratricides amenèrent les États-Unis d’Amérique à occuper militairement le pays le 28 juillet 1915, sous prétexte d’y rétablir l’ordre.

    Grande faiblesse caractérielle que la division, ouverte ou larvée, chez les Haïtiens. Cause d’incessants déboires et des malheurs d’un peuple qui avait pourtant fait l’une des heures étoilées de l’humanité, par sa victoire sur les soldats les plus aguerris du XIXe siècle. Faiblesse souvent entretenue en sourdine si ce n’est directement par l’étranger, fort mal à l’aise avec notre indépendance.

    « Il faut constamment soulever les va-nu-pieds contre les gens à chaussures et mettre les gens à chaussures en état de s’entre-déchirer les uns les autres ; c’est la seule façon pour nous d’avoir une prédominance continue sur ce pays de nègres qui a conquis son indépendance par les armes. Ce qui est un mauvais exemple pour les 26 millions de Noirs d’Amérique », déclare Franklin Delano Roosevelt, président des États-Unis.

    Si nous avons cessé d’être dessaliniens peu après notre indépendance, aujourd’hui, nous le sommes encore moins. En essayant de résoudre des problèmes collectifs sur un plan strictement personnel, notre élite et notre bourgeoisie ont versé dans un individualisme choquant et béat. Par exemple : compensation de l’absence d’électricité par des groupes électrogènes privés, précarité des routes par des voitures super-géantes à quatre roues motrices, voyages à l’étranger pour se faire soigner d’une banale grippe, avion-ambulance en cas d’urgence au coût moyen de 30 000 dollars américains.

    Pourtant, dans les années 50 du siècle dernier, beaucoup de malades des pays de la Caraïbe venaient en traitement à l’Hôpital Général Universitaire de Port-au-Prince, à l’Hôpital Justinien du Cap-Haïtien ou au Centre de Réhabilitation de Frères, à l’époque, le plus grand des Antilles. Ce centre avait été construit par le gouvernement du président Paul Eugène Magloire. Un acte noblement dessalinien. L’occasion, peut-être, de rappeler que c’est Dessalines qui fit construire en Haïti, à l’instigation de son épouse, Claire-Heureuse, la première école des infirmières, l’une des premières du continent américain. Contrairement à aujourd’hui, il avait à cœur la santé de son peuple.

    Est-il encore possible d’inverser le cours de cette maladie obsessive du chacun pour soi en Haïti afin de sauver la mémoire dessalinienne ?

    Je suis de ceux qui croient au pouvoir du logos, comme Hannah Arendt, Karl Otto Appel et Jürgen Habermas. Le logos comme espace sans domination. Les hommes y sont en relation mutuelle. Ils débattent et se persuadent. Parce que Jürgen Habermas appelle l’agir communicationnel, socle de ce qu’il désigne sous le nom de pragmatique de l’intersubjectivité, le monde du vécu peut être transformé. Dans le dernier chapitre de La phénoménologie de l’Esprit, Hegel parle du « Je, qui ne se réalise que dans le Nous, après ses démêlés avec le Nous. Il s’oppose à cette non-possession de nous-mêmes… » [2] Ce fut le cas pour l’illustre Fondateur de notre patrie.

    Voulons-nous redevenir dessaliniens ?

    Commençons par un dialogue fait de respect mutuel, par l’entraide et le dépassement de nous-mêmes..

    Jean-Jacques Dessalines est l’homme de l’ordre

    Le bon sens est la chose la mieux partagée, du fait qu’il existe en tout homme « une lumière innée et des semences de vérités. » À ce compte, nul n’est plus cartésien que Jean-Jacques Dessalines. Nonobstant sa rudimentaire instruction, il avait compris que l’ordre seul pouvait garantir la stabilité de la jeune nation.

    Pour lui, il était nécessaire de doter l’administration territoriale d’une structure militaire. L’armée a été l’instrument de l’Indépendance nationale. De plus, elle représente une force de dissuasion contre toute velléité de retour des anciens colons.

    Aussi, quatre grandes divisions militaires furent-elles crées : celle du Nord et du Nord-Ouest, commandée par le général Christophe, celle de l’Artibonite, commandée par le général Gabart, celle de l’Ouest, commandée par le Général Alexandre Pétion, celle du Sud, commandée par le général Geffrard. Le général Vernet, ministre des finances, était chargé de la gestion des deniers publics. Dans chaque division militaire du pays, un administrateur secondait le ministre : Ferrier dans le Nord et le Nord-Ouest, l’intègre Joseph Baltazar Inginac dans l’Ouest, Chareron dans l’Artibonite, Papailler dans le Sud.

    Connu dans les hautes sphères de la finance d’outre-mer, Joseph Bunel s’occupait des relations commerciales avec l’Allemagne, l’Angleterre et les États-Unis d’Amérique. Saint Victor Jean-Baptiste écrit que ces trois pays « se rencontraient dans les eaux territoriales apportant de nouvelles conventions pour favoriser ou activer les échanges. » [3] Bunel était aussi responsable de la rédaction des règles de vérification des titres de propriété.

    L’Arrêté du 4 mai 1804 était destiné à combattre la fraude fiscale. Le Décret du 25 octobre 1804 ordonnait de placer les vagabonds et les oisifs sur les habitations de l’État où ils étaient astreints au travail. Le paysan qui dépassait le délai qui lui était assigné pour séjourner en ville était sévèrement puni. Les navires étrangers qui partaient furtivement sans acquitter les droits de douane étaient arraisonnés par la marine haïtienne. Le décret du 1er février 1806 interdisait l’abattage et l’exportation du bois de campêche.

    Ainsi, après une période d’errance et d’incertitude, une ère de paix et de prospérité débuta, notamment au début de l’empire. La Constitution impériale du 20 mai 1805 eut le souci de respecter les droits et libertés des citoyens, tout en sévissant contre les coupables.

    Face au désordre, au banditisme et à la corruption que connaît actuellement Haïti, oserions-nous, en cette fin de 2006, nous réclamer de Dessalines ? Pourquoi un tel chaos perdure-t-il ? Sartre nous l’explique :

    « Le désordre est le meilleur serviteur de l’ordre établi. Toute destruction brouillonne, affaiblit le plus faible, enrichit les riches, accroît la puissance des puissants. »

    Quelle impudence ! Fleurir la tombe de Dessalines et débiter des discours fallacieux, en ce 17 octobre 2006 !

    Voulons-nous redevenir dessaliniens ?

    Commençons à respecter la mémoire du Fondateur de notre patrie.

    Jean-Jacques Dessalines, le défenseur de l’intégrité du territoire national

    Un éventuel retour des Français l’obsédait. D’où son mot d’ordre aux généraux : « Au premier coup de canon les villes sont rasées et la Nation entière est debout. » Des fortifications étaient érigées à travers le pays. Parfait militaire, comme le soutient le général Nemours, il avait eu aussi l’idée de construire une grande manufacture pour la fabrication de poudre à canon et à fusil. Elle devait être confiée au contingent polonais qui s’était retourné contre les Français. Il avait même voulu confectionner des canons à partir de son projet de fonderie nationale. Mais, c’est Christophe qui en fut l’héritier.

    L’armée comprenait 52 000 soldats, 43 000 hommes d’infanterie, 6 000 cavaliers, 3 000 marins.

    Hier, l’intégrité de notre territoire était notre préoccupation fondamentale. Elle était celle des Cacos de Charlemagne Péralte et de Benoît Batraville.

    Elle était aussi celle d’une intelligentsia farouchement opposée à l’occupation de 1915. Écoutons Émile Roumer :

    « Je garde souverain, dédaignant le blasphème, Le sourire du sage et l’orgueil du rebelle. »

    Voici maintenant Jean Brière qui, sur l’esplanade de la cathédrale de Port-au-Prince, galvanisa la foule venue assister à l’office funèbre célébré pour les combattants tués à Marche-à-Terre, non loin de la ville des Cayes :

    « J’ai grandi, déchiré l’horrible préjugé
    Qui remplace en nos cœurs la symbolique tranche
    Qu’arracha au Drapeau le sublime insurgé ! »

    Puis, Jacques Roumain dans son grand rêve d’élimination du capitalisme des blancs et de leurs acolytes par une révolution rouge :

    « Et nous voici debout…
    Marchant à l’assaut de vos casernes
    et de vos banques comme une forêt de torches funèbres… »

    Aujourd’hui, l’intégrité territoriale du pays n’intéresse guère grand monde. Du reste, mourir pour la terre natale est passé de mode. Symbole de la patrie, le drapeau est la nervure du sensible. Cette nervure renvoie à un transcendant : la Nation. L’Haïtien de nos jours, à quelques exceptions près, a perdu le sens de cette transcendance. Pourtant, « confondre sa vie dans les plis d’un drapeau, c’est donner un sens à sa vie. » Élite et bourgeoisie en déliquescence accordent plutôt leur préférence « au lit gluant » préparé par Martha dans le Malentendu d’Albert Camus.

    Voulons-nous redevenir dessaliniens ?

    Faisons passer la Nation avant nous, avant nos intérêts. Soyons prêts à nous imposer des sacrifices pour Elle.

    Jean-Jacques Dessalines, un archétype de courage

    « On ne peut répondre de son courage quand on n’a jamais été dans le péril », écrit La Rochefoucauld dans ses Maximes. Dessalines, l’Homme d’airain, comme l’appelle Timoléon Brutus, n’a cessé de côtoyer le danger, que ce fût comme esclave marron, que ce fût comme lieutenant-général de Toussaint Louverture dans la guerre du Sud ou à la Crête-à-Pierrot, que ce fût comme chef de l’Armée de l’Indépendance à Vertières et à la Butte Charier. Moment de sa fulgurance, son « moment hyperbolique », dirait Jacques Derrida. Au cours de la période troublée qui précéda son assassinat, il n’avait pas hésité à parcourir le pays avec une escorte réduite. Aussi, se retrouva-t-il avec quelques-uns de ses hommes les plus dévoués au Pont-Rouge au funeste matin du 17 octobre 1806. À l’occasion de ce triste anniversaire de la mort du Fondateur, je ne peux m’empêcher d’évoquer ces vers de Victor Hugo :

    « Comme si le soleil était mort en laissant
    Sur l’horizon sinistre une mare de sang. »

    Je me permets de rapprocher le courage du Fondateur de notre patrie à celui de Gilliat, le héros de Victor Hugo dans les Travailleurs de la mer. Par son énergie, et surtout par sa persévérance, Gilliat se libère des tentacules munis de ventouses d’une méchante pieuvre. Glorification de la lutte existentielle de l’homme que ce roman de Victor Hugo. De notre côté, un hercule comme Dessalines n’a-t-il pas droit lui aussi à nos hommages ?

    Carl Gustave Jung appelle archétype une personnalité supérieure aux traits archaïques dans l’inconscient personnel ou collectif. Tel est le cas du Faust de Goethe, du Zarathoustra de Nietzsche. L’archétype contient une forte charge émotionnelle d’ordre numineux, si l’on préfère d’ordre sacré. Un océan d’énergie pour l’inconscient personnel et collectif. Le psychanalyste Heinz Kohut place cette dynamite dans le Soi, né, selon lui, du clivage du Moi freudien. Réceptacle des investissements narcissiques, le Soi, grâce à ses images archétypiques, fait basculer au cours de l’existence l’axe oedipien vers l’axe narcissique. Ainsi, l’archétype aimante la vie de l’homme. Il donne de l’ossature à son psychisme inconscient. Les archétypes peuplent les mythes et les religions.

    Ne soyons pas étonnés de voir l’Haïtien se muer en Dessalines, son archétype de prédilection, son réservoir d’énergie, surtout dans les périodes de crises nationales ou même au cours des difficultés de la vie personnelle. Notre peuple a mythifié Jean-Jacques Dessalines à cause de son exceptionnel courage et de sa féroce ténacité. Tant et si bien que dans le vodou, religion populaire traditionnelle, Dessalines fait partie de l’olympe des esprits de la surnature, les lwa. Voire, il est souvent confondu avec le turbulent Papa Ogou, l’esprit, le lwa de la guerre. Le Cyrénaïque Évhémère ne soutenait-il pas au IIIe siècle avant Jésus-Christ que les dieux sont des héros ayant réellement vécu et dont la légende s’est graduellement emparée après leur mort.

    Voulons-nous redevenir dessaliniens ?

    Aujourd’hui, Haïti est acculée à l’état de loque, à l’état de poussière. Ses hommes ne cessent de se rapetisser. Restons dignes de la mémoire de l’Homme d’airain, en ayant davantage de tonus. Surtout une colonne verticale.

    Chassons l’égoïsme de nos cœurs. Tâchons de réaliser une robuste complexion commune, un ingenium collectif, pour reprendre Spinoza. Le primum movens de ce que l’auteur de l’Éthique appelle le conatus sese conservandi, c’est-à-dire l’effort courageux de nous conserver dans notre être propre, en d’autres termes notre velléité de vivre en tant qu’Haïtiens.

    Jean-Jacques Dessalines, le revendicateur des droits à l’égalité

    Pour l’historien Beaubrun Ardouin : « Le Gouvernement qui, en Haïti, ne pourra pas ou ne voudra pas se convaincre que l’égalité en toutes choses est le droit le plus précieux aux yeux du peuple, sera toujours exposé à se fourvoyer… »

    Dessalines, le premier chef d’état haïtien avait compris l’aspiration de son peuple aux droits à l’égalité. Au tout début de son administration, par le décret du 4 janvier 1804, « il invita tous les citoyens en exil à regagner leur patrie après avoir pris l’engagement de payer le coût de leur voyage. » [4]

    Ayant déclaré, nous dit Madiou, « qu’il serait injuste d’établir des droits inégaux dans les successions entre les hommes qui sortaient tous de la servitude et la dégradation », Dessalines revendiqua les privilèges de tous les enfants, légitimes ou pas, à hériter de leurs pères et mères. L’article 10 de la Charte impériale de 1805 est clair sur la question.

    Contrairement à Ardouin et à Dorsainvil, à croire Saint Victor Jean-Baptiste, la réforme agraire de Dessalines visait fondamentalement à établir des droits égaux pour tous à la propriété. Une véritable révolution, nous dit cet auteur. Louis-Joseph Janvier partage cette opinion. Il voulait fonder « la véritable indépendance du paysan en faisant de lui un propriétaire du sol. » « Il avait des plans de gouvernement excellents, bien conçus, parfaitement réalisables », ajoute-t-il. [5] On se souvient de la philosophie politique de John Locke : « Un champ en friche n’est rien, il ne devient quelque chose que par le travail humain ; il appartient donc de droit à celui qui l’a ensemencé et fécondé. »

    Dessalines pensait-il vraiment à une révolution agraire ? « Et les Noirs dont les pères sont en Afrique, ils n’auront donc rien », laissa-t-il échapper à un mauvais tournant de sa réforme. Voulait-il s’orienter à son insu vers un saint-simonisme ? En faisant de l’État l’un des garants de la propriété, aurait-il glissé vers un communisme avant la lettre ? Celui des Manuscrits de 1844 de Marx. De toute façon, cette réforme agraire le conduisit en ligne droite vers son assassinat au Pont-Rouge, le 17 octobre 1804. Erreur ou pas du Fondateur, et sans égard pour ses lacunes personnelles, le président Sténio Vincent invitait à l’appeler le Père de la Patrie.

    Quoiqu’il en soit, que nous sommes loin aujourd’hui de l’idéal de Dessalines ! Existe-t-il une différence entre le colon d’hier et l’actuel Haïtien de l’élite ou de la bourgeoisie qui veut accaparer tout à son profit, sans laisser la moindre miette au peuple ?

    Voulons-nous redevenir dessaliniens ?

    Alors, sachons partager. Que notre devise nationale “Liberté, Égalité, Fraternité” ne soit pas un simple balbutiement de mots sans concept sous-jacent, un flatus voci, diraient les Scolastiques. Qu’elle ne soit pas non plus un mensonge, une duperie, une grimace.

    Je ne crois pas que nous arriverons à ce partage des richesses par la lutte des classes, une conception binaire de la société, souvent utilisée dans notre pays à des fins trompeuses de guerre socio-politique. Pourquoi pas un discours philosophico-juridique où soit possible pour chacun de se faire reconnaître et de faire valoir ses droits ? Je pense au programme de John Rawls, le Maître de Harvard. Il préconise une structure sociale tenant compte des intérêts de tous.

    Mais, pour rester fidèles à Jean-Jacques Dessalines, le Fondateur de notre patrie, ainsi qu’à tous nos aïeux, nous devons cesser en Haïti d’assassiner ou de dérouter nos figures de l’esprit.

    Quelles sont nos figures de l’esprit ?

    L’expression appartient à Hegel dans sa Phénoménologie de l’Esprit. Pour lui, l’Esprit c’est l’Idée qui, ayant surmonté son aliénation de l’état de nature, acquiert la Liberté, son but final. L’Esprit est d’abord subjectif. Il connaît et il veut. Il devient ensuite objectif, en réalisant la Liberté dans l’État, par le droit, la morale et la société. Hegel réserve la dernière étape à ce qu’il appelle l’Esprit Absolu.

    L’auteur de la Phénoménologie de l’Esprit appelle Napoléon Bonaparte « l’Esprit à cheval », un esprit objectif, créateur d’un état impérial libre, doté de lois. Pourquoi, à notre tour, ne ferions-nous pas de notre Dessalines une Figure de l’Esprit objectif ? Il a fondé une Nation, puis un empire. Il a laissé une constitution, la Charte de 1805. Il visait à une éthique, celle du partage, peu importe qu’elle ait échoué. Il avait voulu d’une société juste. Même, il a été un précurseur du panaméricanisme.

    Cependant, chez Hegel, l’odyssée de l’Esprit passe par des étapes négatives appelées à être sursumées. « Cet être-là supprimé est le nouvel être-là, un nouveau monde, et une nouvelle figure de l’esprit. » [6] Première figure de l’Esprit en Haïti, Dessalines est assassiné. Nous voici à une phase hégélienne de médiation négative. D’autres grandes Figures de l’Esprit tomberont chez nous après celle de l’Homme d’airain. Citons-en quelques-unes :

    L’écrivain Massillon Coicou et son frère.
    Le grand romancier Jacques Stephen Alexis
    Le philosophe et écrivain Antonio Vieux, le Jean-Paul Sartre d’Haïti
    L’économiste Gérald Brisson
    L’anthropologue Lionel Loubeau
    Le juriste Lafontant Joseph
    L’agronome Jean Dominique
    Le journaliste Brignole Lindor.

    Sans compter la mise en déroute des intelligences comme celle d’Anténor Firmin, de Louis-Joseph Janvier, de Madeleine Sylvain Bouchereau, les actes de violence contre nos universitaires et leurs professeurs, jusqu’à leur recteur.

    Mais l’Histoire est le mouvement par lequel l’Esprit se retrouve et se reconquiert. « L’Esprit est ce qui se retrouve », souligne Hegel. D’autres Figures de l’Esprit surgiront !

    À son époque, Dessalines avait protégé toutes les intelligences qui pouvaient être utiles au pays, prêtres, médecins, avocats. Le médecin et ethnobotaniste français Descourtilz a été ainsi épargné.

    Voulons-nous redevenir dessaliniens ?

    Comme l’a tant crié notre jeune philosophe, Camille Loty Malebranche : « Il faut rebâtir l’Esprit en Haïti ! » Il faut aussi récupérer toutes nos valeurs techniques et intellectuelles réfugiées dans les pays étrangers à cause de leur non-militantisme politique. Seule façon de sursumer cette négativité, afin de réaliser l’Aufheben dont parle Hegel. Car il est définitivement honteux, inconcevable dans notre pays que des chefs de bandes et des chimères aient plus de valeur que des techniciens et des penseurs.

    En vérité, Haïti ne mérite pas le triste sort dont ses propres fils sont les principaux artisans aujourd’hui. Ces vers des Métamorphoses d’Ovide sont devenus son leitmotiv quotidien :

    Modo maxima rerum
    Tot generis natisque potens...
    Nunc trahor exul, inops...

    (Traduction : Naguère la plus grande de toutes les choses, puissante par tant de gendres et de fils... me voici désormais exilée, dépouillée...)

    « N’est pas Haïtien qui n’est pas dessalinien », dit Louis Mercier. L’anniversaire de la mort de Dessalines représente pour nous l’occasion, non pas de l’exalter en termes dithyrambiques, grandiloquents, fourbes et démagogiques, mais celle de nous dépasser par un supplément d’âme pour sauver notre chère Haïti. Et pour tous les compatriotes qui veulent redevenir dessaliniens, l’occasion aussi de refaire le serment du poète national Tertullien Guilbaud :

    « J’aime d’un fol amour ma Patrie. Elle est belle
    A mes yeux éblouis, d’une altière beauté.
    Comme le firmament je la crois éternelle :
    Nul ne peut dans le monde, abattant sa fierté
    L’empêcher de monter où le destin l’appelle. »

    September 04

    Renforcement de la coopération entre les appareils de sécurité haïtien et dominicain

    Les représentants des Etats-Unis directement impliqués dans une rencontre entre le directeur de la Police Nationale d’Haïti, Mario Andrésol et les responsables des structures de sécurité dominicaines
    Posté le samedi 2 septembre 2006
    Par Radio Kiskeya

    Les autorités policières haïtiennes et dominicaines, assistées de hauts gradés de l’armée dominicaine et de représentants du gouvernement américain, ont annoncé vendredi la création prochaine d’un bureau haïtiano-dominicain de liaisons permanentes en vue de lutter contre le trafic de drogue, d’êtres humains, le vol de véhicules et la contrebande à la frontière.

    La nouvelle structure, qui constituera un système d’échange d’informations, intégrera les forces de sécurité des deux pays incluant la Direction nationale dominicaine de contrôle des drogues (DNCD), ont indiqué les responsables.

    Lors d’une énième rencontre au sommet dans la ville frontalière dominicaine de Jimanì, le commandant de la Police Nationale d’Haïti (PNH), Mario Andrésol et ses interlocuteurs dominicains ont passé en revue la situation sécuritaire des deux côtés de la frontière et se sont engagés à renforcer l’offensive lancée contre les trafiquants de tout poil.

    "Quand nous réalisons ce type de coopération, cela constitue une aide supplémentaire pour nous qui sommes en train de lutter contre la criminalité dans notre pays", a fait remarquer le directeur général de la PNH qui, pour la circonstance, portait un uniforme kaki orné d’étoiles dorées.

    Pour sa part, le major-général Rafael Ramìrez Ferreiras, nouveau président de la DNCD, a fait savoir que Santo Domingo va élaborer un programme d’entraînement à l’intention des policiers haïtiens affectés à la lutte contre le narcotrafic et d’autres délits. "A partir de maintenant, nous espérons que ces liens (entre les deux pays) vont se renforcer. Et nous allons développer de nouveaux rapports en réservant notamment des séances d’entraînement spéciales aux membres de la police haïtienne qui luttent contre le fléau de la drogue", a assuré Ramìrez Ferreiras.

    La réunion sécuritaire haïtiano-dominicaine s’est tenue à l’hôtel Jimanì en présence d’Elisabeth Foley, représentante du bureau de sécurité de l’ambassade des Etats-Unis à Santo Domingo et d’Elìas Lòpez, principal responsable de l’agence anti-drogue américaine (DEA) en République Dominicaine.

    Le chef de la police dominicaine, le major-général Bernardo Santana Paéz, retenu par certaines occupations urgentes, a dû se faire représenter par le porte-parole de l’institution, Simòn Dìaz.

    La rencontre a été coordonnée par le consul général dominicain en Haïti, Carlos Castillo, tandis que l’inspecteur général de police Jean Yonel Trécil jouait le rôle d’interprète pour sa première apparition publique depuis des mois.

    Depuis 2004, sous l’administration de l’ancien directeur de la Police Nationale, Léon Charles, la coopération entre les polices haïtienne et dominicaine est effective. Ces derniers mois ont été marqués par des expulsions vers Port-au-Prince et Santo Domingo d’individus en cavale et des échanges de véhicules volés, coupant quelque peu les ailes aux gangs qui opèrent sur le territoire des deux républiques voisines séparées par une bande frontalière de près de 400 kilomètres. spp/RK

    Radio Kiskeya

    Don de deux cent mille dollars des Etats-Unis à Haïti en soutien à un programme de modernisation de l’administration fiscale haïtienne

    Don de deux cent mille dollars des Etats-Unis à Haïti en soutien à un programme de modernisation de l’administration fiscale haïtienne
    Des experts du Trésor américain attendus à Port-au-Prince
    Posté le samedi 2 septembre 2006
    Par Radio Kiskeya

    Le chargé d’affaires des Etats-Unis, Thomas C. Tighe et le ministre haïtien de l’Economie et des Finances, Daniel Dorsainvil, ont signé le vendredi 1er septembre les termes de référence d’un programme de cinq ans, destiné à moderniser le système de collecte et d’administration des impôts en Haiti.

    Le programme, conçu par le Bureau d’Assistance Technique du Département du Trésor Américain de concert avec la Direction Générale des Impôts (DGI), couvre des domaines spécifiques, tels l’évasion fiscale, la fraude et l’audit financier.

    Le gouvernement des Etats-Unis a accordé un don d’un montant de 200.000.00 dollars américains par le biais de l’Agence Américaine pour le Développement International (USAID) en vue de financer la phase initiale du programme, informe un communiqué de l’Ambassade des Etats-Unis à Port-au-Prince.

    Des experts du Bureau d’Assistance Technique du Trésor des Etats-Unis sont attendus à Port-au-Prince dans le cadre de la réalisation du programme.

    L’annonce d’un tel programme coïncide avec la situation de tension qui règne à la frontière où les responsables de la Douane de Malpasse font face depuis maintenant plus de deux mois à des transporteurs qui, en opposition au caractère drastique des mesures fiscales adoptées, paralysent toutes les activités.

    La principale revendication de ces transporteurs doublés du statut de commis en douane, est la révocation du directeur de la Douane, Jeantal Clervil. Cette demande a reçu cette semaine le soutien de certains parlementaires qui ont de plus réclamé le transfert du directeur général de la Douane, Vallès Jean Laurent.

    Des associations patronales se sont résolument opposées à cette exigence, arguant qu’une telle mesure représenterait un très mauvais signal en ce qui concerne la lutte contre la contrebande et les efforts déployés en vue d’augmenter les recettes fiscales. [jmd/RK]

    Radio Kiskeya

    La police norvégienne, disposée à partager son expérience avec Haiti

     

     

    samedi 2 septembre 2006
    par
    Gotson Pierre

    Kristiansand, 2 sept. 06 [AlterPresse] --- La police de Kristiansand (Sud de la Norvège), qui a développé une grande expérience dans la surveillance de proximité, fait part de sa disposition à développer des échanges avec la police haïtienne.

    « Nous serions heureux de partager notre expérience avec Haiti », a affirmé l’assistant chef de la police de Kristiansand, Ole Hortemo, lors d’une séance de travail, le 1er septembre, avec des délégations d’Haiti et de la République Dominicaine. Ces dernières participent à un séminaire sur la réconciliation et la paix, organisé par l’Eglise Norvégienne, en collaboration avec le gouvernement norvégien.

    « Nous sommes parfois invités à parler de notre expérience et nous sommes heureux de le faire », a ajouté Hortemo, qui répondait à une question d’un délégué haïtien, après une intervention sur la méthode et la stratégie suivies par la police de Kristiansand pour faire face à la criminalité.

    La police de Kristiansand, petite ville de 71000 habitants, qui dispose d’un contingent de moins de 100 policiers, est connue pour les résultats qu’elle a pu obtenir durant les dernières années en terme de maintien d’un haut niveau de sécurité et a récemment collaboré avec la police hollandaise.

    A présent, une mission est en cours de préparation pour le Soudan, en Afrique, informe Bjorn Hareide, chef de la police de Kristansand.

    Le chef de la police de Kristianstand, un ancien juriste, a mis au point une formule permettant de faire un suivi constant de la sécurité et de prévenir divers niveaux de crime dans la ville, notamment les actions du gang d’extrême droite Right Wingers, les gangs motorisés et les trafiquants de drogue.

    « La police assure la sécurité de la ville et protège les activités légales », avec l’appui de diverses associations professionnelles et la collaboration des communautés, a souligné l’officier de police.

    « Nous effectuons quotidiennement une mise à jour de nos dossiers et les policiers sont informés au jour le jour sur les criminels, les lieux où ils comptent opérer, les coups qu’ils projettent de faire et le niveau d’implication des membres de chaque gang », a expliqué Ole Hortemo.

    « Les policiers apprennent à se familiariser avec la culture, l’idéologie et les symboles des gangs », a poursuivi l’assistant chef de la police de Kristiansand. Ils sont formés également pour savoir comment utiliser la loi dans le cadre d’une démarche offensive et préventive.

    La police de Kristiansand, de même que tous les autres contingents de la police norvégienne, travaille en étroite collaboration avec « un système de médiation qui met le criminel face à sa victime », mais n’enlève rien aux prérogatives de la justice.

    Le thème de la violence a été abondamment traité durant le séminaire réalisé au profit d’une vingtaine d’acteurs haitiens et dominicains et qui doit s’achever le 4 septembre à Oslo.

    Dans un projet de déclaration finale obtenu par AlterPresse, les participants soutiennent que les sociétés haïtiennes et dominicaines sont toutes deux affectées par la violence, bien que de manière différente.

    La délégation haïtienne met l’emphase sur la nécessité de développer, dans les quartiers marginalisés, des initiatives socio-éducatives, des programmes d’éducation à la paix en vue d’une culture de paix, a confié le pasteur Clément Joseph, du Dialogue haïtien des églises. [gp apr 01/09/2006 10:00]

    Gotson Pierre [AlterPresse - Haiti]

    Les délégations haïtienne et dominicaine en Norvège signent la « Déclaration de Kristiansand »

    Elles recommandent « une dépolitisation » du dossier de la migration haitienne en Rép. Dominicaine

     

     

    Samedi 2 septembre 2006
    par
    Gotson Pierre

    Kristiansand, 2 sept. 06 [AlterPresse] --- Les délégations haïtienne et dominicaine au séminaire sur la paix et la réconciliation, qui se déroule en Norvège, ont paraphé ce 2 septembre la Déclaration de Kristiansand (Sud), où se sont poursuivis les échanges débutés à Oslo le 29 août.

    La déclaration, signée par les chefs des deux délégations, Clément Joseph du coté haïtien et Lorenzo Mota King du coté dominicain, présente la question migratoire haïtienne en République Dominicaine comme « un défi que les deux pays se doivent de solutionner ». Elle recommande « une dépolitisation du dossier et la définition par les deux Etats d’un cadre global » pour son traitement en tant que « phénomène social ».

    Les délégations se sont prononcées également sur les questions de la prévention des désastres et des réponses aux situations d’urgence, la violence et l’éducation orientée vers l’amélioration des relations entre les deux peuples.

    Le document, paraphé en présence du maire de Kristiansand, Jean Oddvar Skisland, a été lue à l’assistance, composée de plusieurs autorités locales, d’observateurs norvégiens et des membres des deux délégations, dont Nicole Grégoire, du ministère haïtien des affaires étrangères, Inocencio Garcia, de la chancellerie dominicaine, des sénateurs Mario Torres (Rép. Dominicaine) et Edmonde Beauzile (Haiti).

    Les participants ont fait valoir que, les deux pays partagent un même écosystème et sont exposés à des catastrophes naturelles. De ce fait, « il est nécessaire que les deux Etats parviennent à une collaboration dans la gestion des désastres et des réponses à donner aux situations d’urgence », indique le document.

    En ce qui concerne la violence, « de quelle que forme que ce soit », elle « affecte les deux sociétés », soutiennent les deux délégations. Elles « encouragent le renforcement des liens de coopération existant entre les autorités compétentes pour y faire face » et « suggèrent de mettre l’emphase sur les interventions sociales adéquates ».

    D’autre part, la déclaration de Kristiansand souligne que « différentes institutions de socialisation et des politiques jouent un rôle important dans le type de relations développées entre les deux peuples ». Certaines de ces relations sont caractérisées par une certaine méfiance, ajoute le document, qui préconise « un changement de paradigme dans les programmes éducatifs, les médias, les églises, les institutions culturelles, la famille et de la part des pouvoirs de l’Etat en vue de parvenir à une compréhension mutuelle et de meilleures relations ».

    Selon la déclaration, les deux parties ont convenu d’élaborer un plan stratégique d’actions et des projets nationaux et binationaux visant à concrétiser leurs recommandations.

    Plusieurs personnalités ont salué l’étape franchie par le dialogue entre Haitiens et Dominicains sous les auspices de la Norwegian Chrurch Aid (NCA) avec l’appui du gouvernement norvégien, qui a été abondamment remercié.

    Des cadeaux symboliques ont été remis par des membres des deux délégations au maire Skisland. Ce dernier a également reçu deux originaux en Espagnol et en Français du document.

    Prenant la parole à cette cérémonie, la sénateure Beauzile a lancé l’idée de la constitution d’un bloc parlementaire de la frontière en Haïti et en République Dominicaine. Elle a assuré de l’appui du parlement haïtien au processus en cours et promis de servir de « catalyseur » dans les démarches entreprises afin de parvenir à de meilleures relations entre les deux pays.

    De son coté, le sénateur Torres a exprimé son accord avec son homologue haïtienne sur l’idée de constitution d’un bloc parlementaire de la frontière, afin de travailler « à la paix et au développement durable sur l’île d’Haïti ». « Désormais, je suis un acteur pour la paix », a-t-il lancé.

    La cérémonie, agrémentée de chansons folkloriques de la Norvège, a bénéficié du cadre serein du Krutthuset, un immeuble du port de Kristiandsand, qui date du 18ème siècle et qui garde encore son aspect d’antan.

    Les délégations doivent se retrouver le 3 septembre à Oslo afin de finaliser d’autres aspects de leurs travaux, avant de se séparer tôt dans la matinée du 4 septembre. [gp apr 02/09/2006 21:00]

    Gotson Pierre [AlterPresse - Haiti]

    La migration haitienne en Rép. Dominicaine, « un défi que les deux gouvernements doivent solutionner »


    Déclaration de Kristiansand, du Séminaire sur la Paix et la Réconciliation haitiano-dominicaine

    dimanche 3 septembre 2006

    Document paraphé le 2 septembre 2006 à Kristiansand, Norvège, par Haiti et la Rép. Dominicaine, dans le cadre du Dialogue haitiano-dominicain des Eglises

    Obtenu par AlterPresse à Kristiansand le 2 septembre 2006

    Dans le cadre du Dialogue haitiano-dominicain des Eglises, les délégations haïtienne et dominicaine se sont réunies, du 28 août au 4 septembre 2006, dans les villes d’Oslo et de Kristiansand, Royaume de Norvège, sous les auspices du Ministère des Affaires Etrangères de Norvège et de l’Aide de l’Eglise Norvégienne. A cette réunion ont été invités des représentants de l’Etat, de la société civile, des églises, des médias, des diplomates accrédités en Haïti et en République Dominicaine et des observateurs internationaux.

    Cette rencontre fait suite à la Première Conférence Internationale pour le futur des relations Entre la République D’Haïti et la République Dominicaine tenue à Santo Domingo du 3 au 5 mai 2006.

    Les travaux des deux délégations ont porté sur des thèmes suivants d’intérêt communs :

    · La Prévention des désastres et les réponses aux situations d’urgence · La Prévention de la Violence · Les Questions migratoires · L’Education orientée vers l’amélioration des relations entre les deux peuples.

    Les participants et participantes ont reconnu que, les deux pays partageant un même écosystème et étant exposés à des catastrophes naturelles, il est nécessaire que les deux Etats parviennent à une collaboration dans la gestion des désastres et des réponses à donner aux situations d’urgence.

    Les participants et participantes, ayant constaté que la violence, de quelle que forme que ce soit, affecte les deux sociétés, encouragent le renforcement des liens de coopération existant entre les autorités compétentes pour y faire face. De même, ils leur suggèrent de mettre l’emphase sur les interventions sociales adéquates.

    Les participants et participantes reconnaissent que la migration est un phénomène social qui touche les deux pays. Cependant, la question migratoire haïtienne en République Dominicaine représente un défi que les deux pays se doivent de solutionner. Pour cela, les participants et participantes recommandent une dépolitisation du dossier et la définition par les deux Etats d’un cadre global pour le traitement de la question migratoire.

    Les participants et participantes ont constaté que différentes institutions de socialisation et des politiques jouent un rôle important dans le type de relations développées entre les deux peuples. Certaines de ces relations sont caractérisées par une certaine méfiance. Les participants et participantes préconisent un changement de paradigme dans les programmes éducatifs, les médias, les églises, les institutions culturelles, la famille aussi bien de la part des pouvoirs de l’Etat en vue de parvenir à une compréhension mutuelle et de meilleures relations.

    Après les différentes séances de travail, déroulées soit en atelier soit plénière, les deux parties ont convenu d’élaborer un plan stratégique d’actions et des projets nationaux et binationaux visant à concrétiser les recommandations faites sur les divers thèmes susmentionnés.

    Les deux délégations, remercient le gouvernement et le peuple norvégien pour l’appui qu’ils ont donné au processus à travers le Ministère des Affaires Etrangères et l’Aide de l’Eglise Norvégienne, avec l’espoir que cet appui se poursuivra.

    Fait dans la ville de Kristiansand, le 2 septembre 2006, en deux originaux français et espagnol. Les deux versions originales faisant également foi.

    Clément Joseph / Pour la Partie Haïtienne

    Lorenzo Mota King / Pour la Partie Dominicaine

    La migration haitienne en Rép. Dominicaine, « un défi que les deux gouvernements doivent solutionner »

    Déclaration de Kristiansand, du Séminaire sur la Paix et la Réconciliation haitiano-dominicaine

    dimanche 3 septembre 2006

    Document paraphé le 2 septembre 2006 à Kristiansand, Norvège, par Haiti et la Rép. Dominicaine, dans le cadre du Dialogue haitiano-dominicain des Eglises

    Obtenu par AlterPresse à Kristiansand le 2 septembre 2006

    Dans le cadre du Dialogue haitiano-dominicain des Eglises, les délégations haïtienne et dominicaine se sont réunies, du 28 août au 4 septembre 2006, dans les villes d’Oslo et de Kristiansand, Royaume de Norvège, sous les auspices du Ministère des Affaires Etrangères de Norvège et de l’Aide de l’Eglise Norvégienne. A cette réunion ont été invités des représentants de l’Etat, de la société civile, des églises, des médias, des diplomates accrédités en Haïti et en République Dominicaine et des observateurs internationaux.

    Cette rencontre fait suite à la Première Conférence Internationale pour le futur des relations Entre la République D’Haïti et la République Dominicaine tenue à Santo Domingo du 3 au 5 mai 2006.

    Les travaux des deux délégations ont porté sur des thèmes suivants d’intérêt communs :

    · La Prévention des désastres et les réponses aux situations d’urgence · La Prévention de la Violence · Les Questions migratoires · L’Education orientée vers l’amélioration des relations entre les deux peuples.

    Les participants et participantes ont reconnu que, les deux pays partageant un même écosystème et étant exposés à des catastrophes naturelles, il est nécessaire que les deux Etats parviennent à une collaboration dans la gestion des désastres et des réponses à donner aux situations d’urgence.

    Les participants et participantes, ayant constaté que la violence, de quelle que forme que ce soit, affecte les deux sociétés, encouragent le renforcement des liens de coopération existant entre les autorités compétentes pour y faire face. De même, ils leur suggèrent de mettre l’emphase sur les interventions sociales adéquates.

    Les participants et participantes reconnaissent que la migration est un phénomène social qui touche les deux pays. Cependant, la question migratoire haïtienne en République Dominicaine représente un défi que les deux pays se doivent de solutionner. Pour cela, les participants et participantes recommandent une dépolitisation du dossier et la définition par les deux Etats d’un cadre global pour le traitement de la question migratoire.

    Les participants et participantes ont constaté que différentes institutions de socialisation et des politiques jouent un rôle important dans le type de relations développées entre les deux peuples. Certaines de ces relations sont caractérisées par une certaine méfiance. Les participants et participantes préconisent un changement de paradigme dans les programmes éducatifs, les médias, les églises, les institutions culturelles, la famille aussi bien de la part des pouvoirs de l’Etat en vue de parvenir à une compréhension mutuelle et de meilleures relations.

    Après les différentes séances de travail, déroulées soit en atelier soit plénière, les deux parties ont convenu d’élaborer un plan stratégique d’actions et des projets nationaux et binationaux visant à concrétiser les recommandations faites sur les divers thèmes susmentionnés.

    Les deux délégations, remercient le gouvernement et le peuple norvégien pour l’appui qu’ils ont donné au processus à travers le Ministère des Affaires Etrangères et l’Aide de l’Eglise Norvégienne, avec l’espoir que cet appui se poursuivra.

    Fait dans la ville de Kristiansand, le 2 septembre 2006, en deux originaux français et espagnol. Les deux versions originales faisant également foi.

    Clément Joseph / Pour la Partie Haïtienne

    Lorenzo Mota King / Pour la Partie Dominicaine

    September 01

    La question de la migration ne devrait pas diviser Haïtiens et Dominicains

    jeudi 31 août 2006

    Collaboration spéciale de Colette Lespinasse

    Oslo, 31 aout 06 [AlterPresse] --- Le thème migratoire est au cœur des discussions menées par Haïtiens et Dominicains au séminaire sur la Paix et la Réconciliation organisée par l’Eglise Norvégienne, en collaboration avec le gouvernement norvégien, entre le 28 août et le 4 septembre 2006 à Oslo.

    Intervenant sur le thème « solutions possibles à la question migratoire », le professeur Franc Baez de l’Université Autonome de Santo Domingo en a profité pour présenter un panorama de la migration internationale dominicaine aujourd’hui, alors que peu de temps auparavant le thème de la migration en provenance d’Haiti avait été discuté.

    Chiffres à l’appui, le professeur a montré comment la crise du capitalisme et le processus de transition vers de nouveaux axes d’accumulation ont généré en République Dominicaine de vastes flux de migrants vers des pays comme les Etats-Unis, l’Espagne, la Hollande, l’Argentine etc.

    « La migration fait partie intégrale du modèle de développement économique actuel de la République Dominicaine et ses effets peuvent s’apprécier à différents niveaux : dans les transferts effectués par la diaspora dominicaine, dans l’utilisation des immigrants haïtiens comme force de travail docile, flexible et à bon marché et dans les fonctions stratégiques jouées par les immigrants dans différents secteurs dynamiques de l’économie », a souligné le professeur Baez. La République Dominicaine figure aujourd’hui parmi les 12 pays du monde avec un taux élevé d’émigration, d’immigration et de circulation de personnes.

    « La migration est un phénomène social et en soi, elle ne devrait pas constituer une menace ni générer des conflits » a fait remarquer le professeur Baez. Cependant, il admet que les manipulations faites par des courants politiques sur la question migratoire peuvent amener à des conflits et à la violence. Trois facteurs peuvent être à l’origine de ces conflits : la migration irrégulière, l’exclusion des minorités que constituent les migrants au sein d’un pays et les discriminations basées sur certaines idéologies.

    Selon le professeur Baez, trois visions différentes de la migration sont observées dans la société dominicaine : le laisser faire migratoire avec un discours sur la volonté d’agir pour contrôler le phénomène ; la vision de la frontière fermée soutenue par les courants qui présentent la migration comme un danger, qui exigent l’arrêt de la migration haitienne et le rapatriement des ressortissants haitiens ; le courant peu répandu et peu soutenu qui préfèrerait voir la libre circulation des personnes sur l’île.

    En ce qui concerne la migration haitienne vers la République Dominicaine, le professeur Baez a souligné les changements tout comme les continuités observées. Selon les données établies par le recensement de 2002 sur le profil, l’occupation et les qualifications des immigrants haïtiens en République Dominicaine, 47% de cette population est composée de travailleurs et travailleuses sans qualifications techniques contre 25% de travailleurs qualifiés. Ils ne se retrouvent plus seulement dans le secteur de la canne, mais ont tendance à intégrer les différentes sphères de l’économie dominicaine.

    « La migration peut contribuer à un enrichissement économique et social, mais pour cela, elle doit être ordonnée, les deux Etats et la société civile des deux pays, y compris les migrants eux-mêmes, doivent s’impliquer dans les débats en vue de la recherche de solutions appropriées », soutient le professeur Baez qui en a profité pour présenter quelques propositions pour résoudre certains problèmes issus de la migration haitienne en République Dominicaine.

    Ces propositions rejoignent celles maintes fois faites par des organisations haïtiennes et dominicaines et tournent autour de la régularisation du statut des immigrants et de leur intégration, autour de la lutte conjointe contre le trafic et la traite de personne et de la gestion des rapatriements qui doivent se faire dans le respect des droits de la personne.

    « Le président Fernandez a reconnu que des violations de droits humains sont commises lors des rapatriements des haitiens. Cependant, en ce moment, la République Dominicaine n’est pas en mesure de gérer le type de migration massive à laquelle elle est en train de faire face », a déclaré Innocencio Garcia, responsable à la chancellerie dominicaine des questions haïtiennes, présent à la rencontre d’Oslo.

    Selon lui, les structures actuelles ne peuvent plus faire face à cette migration qui est passée de saisonnière à une migration permanente qui s’intègre dans toutes les sphères de l’économie dominicaine. L’ambassadeur Garcia invite les deux sociétés à tenir compte des efforts bilatéraux qui sont faits pour améliorer les relations, des sensibilités et des perceptions mutuelles des deux sociétés dans cette quête de solution sur la question migratoire.

    Tout en insistant sur le rôle capital des deux Etats, il dit souhaiter un renforcement institutionnel et un peu d’ordre tant en Haïti qu’en République Dominicaine pour que les bonnes idées émises lors de ces réunions soient constructives.

    De son côté, le Père Ives Voltaire de Sant Pon Ayiti, invité à commenter l’exposé du professeur Baez, s’est intéressé aux défis que devront relever différents acteurs des deux sociétés dans cette recherche de solutions, en particulier les immigrants eux-mêmes qui sont des sujets historiques et non de simples braceros dont l’utilité se résume à leur seule force de travail.

    Il s’est fait l’écho de plusieurs institutions haïtiennes, dont le GARR, qui ont élaboré et soumis des propositions au gouvernement pour aborder les problèmes issus de la migration. Il en a profité pour inviter les haïtiens et haïtiennes à mettre de l’ordre chez eux pour faciliter cette solution.

    Le Père Ives Voltaire en a profité pour présenter la pensée de deux grands idéologues et hommes d’Etat de l’île, Jean Price Mars et Joaquin Balaguer, dont l’influence idéologique demeure très actuelle et contribue à créer une mentalité par rapport aux immigrants. Il s’est dit heureux de constater un changement de paradigme dans les deux pays, paradigme qui émerge lentement malgré la persistance des anciens démons et qui se caractérise par une mobilisation des réseaux d’organisations des deux sociétés civiles à côté de l’action politique des deux Etats.

    « Cet effort mérite d’être soutenu par la coopération internationale, notamment avec le gouvernement norvégien. Il représente un cadre indispensable à la résolution des problèmes issus de la migration haitienne en République Dominicaine et à la construction d’une souveraineté associée entre les deux Etats de l’île », a renchéri le Père Voltaire. . [cl apr 31/08/2006 04:00]

    Dialogue haitiano-dominicain : « Nous ne voulons imposer quoi que ce soit », déclare Oslo

     

    jeudi 31 août 2006
    par
    Gotson Pierre

    Oslo, 31 août. 06 [AlterPresse] --- Le vice-ministre norvégien des affaires étrangères, Raymond Johansen, a déclaré que la Norvège n’entend rien imposer à la République Dominicaine et Haiti en appuyant une initiative de dialogue entre les secteurs étatiques et non-étatiques des deux pays à Oslo.

    « Nous ne voulons imposer quoi que ce soit », a fait savoir Johansen lors d’un dîner offert aux deux délégations qui participent à un séminaire sur la réconciliation et la paix, qui se tient dans la capitale norvégienne, organisée par l’Eglise Norvégienne, en collaboration avec le gouvernement norvégien, entre le 29 août et le 4 septembre 2006.

    « La paix et la réconciliation ne peuvent jamais être imposés de l’extérieur », a précisé le secrétaire d’État norvégien durant cette cérémonie, qui s’est déroulée à Holmenkollen Park Hotel, où se sont déroulées en 1992 les négociations israélo-palestinienne qui ont abouti aux accords dits d’Oslo.

    « La paix et la réconciliation demandent du temps, de l’engagement et aussi de la médiation », a souligné le diplomate norvégien en émettant l’espoir de voir « surgir de ces discussions entre Haitiens et Dominicains un sentiment d’optimisme partagé et des propositions pour faire face aux défis que les deux pays ont à affronter ».

    « Nous continuerons de supporter ce processus tant que ce sera necessaire », a assuré le vice-ministre norvégien des affaires étrangères, qui a rappelé que son pays a été impliqué durant de nombreuses années dans des efforts de paix.

    Ces propos ont été tenus en présence de Nicole Grégoire, cadre du ministère haïtien des affaires étrangères, officiellement déléguée à Oslo, et Inocencio Garcia, chargé du dossier haitien à la chancellerie dominicaine, mandaté par le chef de la diplomatie dominicaine carlos Morales Troncoso.

    Les deux ont salué l’initiative de la Norvège. Plus tôt dans la journée, Garcia avait exprimé l’appui de la République Dominicaine au processus en cours, tandis qu’une déclaration officielle publiée la veille avait rejeté la médiation de la Norvège dans des pourparlers impliquant les gouvernements des deux pays sur la question migratoire.

    Parmi les personnalités présentes, il y avait également la vice-présidente du sénat haitien, Edmonde Suplice Beauzile, la colonel Rosanna Pons, directrice de l’Institut cartographique dominicain et membre de la sécurité du président Leonel Fernandez, l’ambassadeur brésilien en Haiti, Paolo Pinto, des cadres et dirigeants d’ONGs, des responsables religieux, des journalistes haïtiens et dominicains ainsi que des observateurs norvégiens versés dans les questions haitiano-dominicaines.

    En plus du thème migratoire, les questions liées à la problématique de l’éducation, de la gestion des catastrophes, au traitement et la prévention de la violence sont débattus entre Haitiens et Dominicains à Oslo.

    Lors de la session du 31 aout, l’ambassadeur brésilien en Haiti a déclaré que « nos pays sont tous des nations de migrants ». Il a plaidé en faveur de projets communs entre Haiti et la République Dominicaine, soutenant qu’Haiti « fait partie de la solution des problèmes du pays voisin », tandis qu’ « il n’y aura pas de solution aux problèmes haitiens sans les dominicains ».

    Paolo Pinto a plaidé en faveur d’un « consensus sur des actions qui puissent être suggérées aux deux gouvernements », car « c’est très important » que ces derniers travaillent d’un commun accord avec divers secteurs des deux sociétés sur le dossier des relations entre les deux pays. [gp apr 31/08/2006 20:00]

    Gotson Pierre [AlterPresse - Haiti]

    ou au laid »

     

    Éduquer les Haitiens et les Dominicains « au vrai, au bien et au beau, et non au faux, au mal

    Extraits d’une intervention de Clément Joseph, directeur exécutif du Dialogue haïtien des églises, le 31 août 2006, au Séminaire haitiano-dominicain sur la Paix et la Réconciliation – Oslo, 27 août-4 septembre 2006

    Document obtenu par AlterPresse le 31 août 2006

    (…)

    Dans le cadre de ce processus d’interactions entre les églises haïtiennes et dominicaines, si on doit éduquer, il va falloir le faire au vrai, au bien et au beau, et non au faux, au mal ou au laid.

    (…) sans intention positive, sans norme, il n’y a pas d’éducation. On peut toujours transmettre des connaissances scolaires auréolées de stéréotypes négatifs qui détruisent les relations et empoisonnent la vie. Mais pour sortir d’une situation jugée incorrecte et passer à une autre où les rapports humains sont si non excellents mais vivables, il faut absolument une intention positive et des normes qui vont contribuer au cheminement pédagogique des actions éducatives.

    C’est dans cet ordre d’idées, que quand nous parlons d’éducation dans le cadre du dialogue haitiano-dominicain des églises, nous la considérons comme un corps de connaissances et de valeurs à partir duquel, nous pouvons présenter aux jeunes quisqueyens , un système de traitement cognitif, affectif et conatif.

    Nous partons de l’hypothèse selon laquelle les deux peuples ne se connaissent pas suffisamment ou se connaissent mal, et nous pensons que ça constitue un prisme déformant qui envoie des images déconcertantes, créant une perception négative de l’un vis-à-vis de l’autre et fait miroiter le spectre d’une vie insulaire suspecte, méfiante et peu supportable.

    Alors nous estimons que c’est assez stressant pour qu’on se sente fatigué et qu’on ne veuille pas léguer un tel héritage aux enfants.

    Une observation préliminaire conduite par le Docteur Rachelle Doucet a mis en évidence cette insuffisance de connaissances et de reconnaissances mutuelles en soulignant le fait qu’au niveau des curricula appliqués dans l’Ile, l’absence d’éléments traitant de la vie de chacun des deux peuples est remarquable.

    Les observations du docteur Doucet ont été présentées à l’occasion des deux premiers congrès des éducateurs haïtiens et dominicains tenus à Santo Domingo en 2004 et 2005.

    A l’unanimité, les directeurs d’écoles et les enseignants présents à ces congrès avaient décidé de participer à une dynamique d’inter échanges éducatives entre Haïti et la République dominicaine.

    Le Dialogue des églises, pour rendre effectif l’enthousiasme des éducateurs des deux cotés de l’Ile, a élaboré, avec le concours du Docteur Doucet, les grandes lignes d’un programme que nous appelons : Programme A. Nobel Pour l’éducation a la tolérance et a la paix. Ce programme contient deux grands axes.

    Premièrement, l’analyse des curricula en application dans chacun des pays en référence à une intention éducative positive, des normes et des valeurs susceptibles de maintenir élevée la dignité des deux nations et dans la perspective d’éduquer au bien, au vrai et au beau. Ceci implique, comme nous l’avons mentionné plus haut, un processus de traitement cognitif, affectif et behavioral.

    Et, comme il ne nous parait pas utile et même faisable d’entrer dans une démarche introspective pour évaluer le niveau d’intelligence émotionnelle des uns et des autres, il va falloir engager les deux communautés dans une dynamique de lutte conjointe contre l’ignorance, et les comportements observés sur le terrain pourront témoigner du progrès des populations cibles en termes de connaissances et de valeurs.

    Les stratégies définies jusqu’à présent, consistent à jumeler des écoles haïtiennes à des écoles dominicaines et de mettre à la disposition du grand publique les résultats des réflexions produites par cette expérience entre jeunes Haïtiens et Dominicains.

    Haiti-Rép. Dominicaine : Le gouvernement dominicain rectifie sa position par rapport à la médiation norvégienne

     

    jeudi 31 août 2006
    par
    Gotson Pierre

    Oslo, 31 août. 06 [AlterPresse] --- L’ambassadeur Inocencio Garcia, responsable du dossier haïtien à la chancellerie dominicaine, a déclaré à Oslo que le gouvernement dominicain appuie le processus de dialogue entre les acteurs étatiques et non étatiques des deux pays, sous les auspices de l’église norvégienne, soutenue par le ministère des affaires étrangères de la Norvège.

    « Le gouvernement dominicain appuie et appuiera toujours » ce processus, a affirmé Garcia à l’assemblée des participants au séminaire sur la thématique de la réconciliation et de la paix, quelques heures après son arrivée à Oslo le 30 août.

    Cette déclaration contraste avec une position officielle exprimée la veille par la chancellerie dominicaine, a tenu à faire remarquer un participant. Le ministre dominicain des affaires étrangères, Carlos Morales Troncoso, a, en substance, rejeté la médiation de la Norvège dans des pourparlers impliquant les gouvernements des deux pays sur la question migratoire.

    « Ce n’est pas l’endroit pour parler de cette déclaration », a dit Inocencio Garcia, qui n’a pas voulu commenter en public la déclaration émise par la chancellerie dominicaine.

    Dans la matinée, la prise de position officielle de la République Dominicaine avait jeté un certain froid parmi les représentants de structures étatiques, de secteurs religieux et de dirigeants d’ONGs qui participent à la rencontre d’Oslo.

    Lors de son discours devant les délégations des deux pays, Inocencio Garcia a tenté de rassurer sur la reconnaissance par le gouvernement dominicain des initiatives de la Norvège.

    « Ma présence ici relève d’une décision du chancelier (Carlos Morales Troncoso) et c’est la preuve de l’appui du gouvernement dominicain aux efforts des autorités norvégiennes », a-t-il fait savoir.

    « Le gouvernement dominicain ne rejette pas le processus » de dialogue entre les acteurs d’Haiti et de la République Dominicaine, a insisté le diplomate. Garcia a même invité les organisateurs à faire parvenir les conclusions du séminaire aux deux gouvernements afin qu’ils puissent en tenir compte dans le cadre de « la réactivation de la commission mixte » bilatérale.

    A propos des relations entre les deux pays, Garcia a indiqué qu’elles connaissent des « mutations » liées aux changements qui se sont produits à travers le temps dans les deux sociétés et qu’elles sont « excellentes, non seulement au niveau officiel, mais aussi entre les deux peuples ».

    Il a aussi plaidé en faveur de la prise en compte de « nouveaux paradigmes » dans les relations haitiano-dominicaines.

    Abordant la question migratoire, qui a toujours semé la discorde dans les relations haïtiano-dominicaines, l’ambassadeur dominicain a soutenu que « le gouvernement dominicain n’a pas pu développer la capacité institutionnelle d’une migration (haïtienne) aussi massive ».

    Selon Garcia, il faut un « renforcement institutionnel » et « il faut mettre de l’ordre dans la maison » des deux cotés de la frontière en vue d’un meilleur traitement de la question migratoire.

    Des membres de la délégation haïtienne à Oslo ont exprimé des réserves sur les déclarations du responsable du dossier haïtien à la chancellerie dominicaine. Ils ont souligné que la migration haïtienne vers la République Dominicaine est le fruit d’un processus historique, qui implique également la responsabilité de secteurs dominicains.

    Les autorités dominicaines maintiennent depuis des années une politique de rapatriement massif de ressortissants haïtiens, dont de nombreux sans-papiers. Ces expulsions s’accompagnent souvent d’abus et de violations des droits des migrants. [gp apr 31/08/2006 03:00]

    Gotson Pierre [AlterPresse - Haiti]

    Comparution de René Civil au cabinet d’instruction


    Le chef d’OP Lavalas affirme que son engagement en faveur du retour d’Aristide lui a valu son arrestation ; demande de main levée d’écrou en perspective, selon les avocats du détenu
    Posté le jeudi 31 août 2006
    Par Radio Kiskeya

    Le chef de l’organisation populaire Lavalas JPP (Jan l Pase l Pase), René Civil, écroué sous l’accusation de vol de véhicule, détention illégale d’arme à feu et association de malfaiteurs, a comparu mercredi au cabinet d’instruction de Port-au-Prince, a constaté radio Kiskeya.

    Après avoir été interrogé pendant plusieurs heures par le juge d’instruction Durette Durin, Civil et les cinq autres individus arrêtés dans le cadre de la même affaire ont été reconduits en fin d’après-midi sous forte escorte au Pénitencier National, la prison civile de la capitale.

    A sa sortie de l’annexe du tribunal civil à la rue Lamarre (centre de la capitale), le leader de JPP, acclamé par plusieurs dizaines de partisans de Lavalas, a qualifié de "politique" son arrestation. Il serait, dit-il, en train de payer le prix de sa fidélité à certaines causes dont le retour de Jean-Bertrand Aristide.

    "Liberté ou la mort. J’ai été arrêté injustement, sous de fausses accusations, parce que je défends la cause de la démocratie, le retour du Président Aristide et la réintégration des militants dans les services publics", a lancé René Civil en projetant en l’air ses mains menottées avant de monter dans la fourgonnette qui l’attendait.

    Pour leur part, les avocats du chef d’OP, dont Reynold Georges et Gary Dorélien, ont dénoncé l’arrestation et l’emprisonnement de leur client comme "un acte politique et un abus de pouvoir". "Nous allons produire dès ce jeudi une demande de main levée du mandat de dépôt en vue d’obtenir la libération de René Civil", ont affirmé les avocats sous les vivats des supporteurs du détenu parmi lesquels on pouvait distinguer Abner François de l’organisation JMM (Jan l Monte l Monte) et les frères Mogé et Lesly Fareau, bien connus dans les milieux Lavalas.

    "René Civil ne connaît pas les autres personnes appréhendées et à qui on veut l’associer. D’ailleurs, le véhicule dans lequel on l’a arrêté n’est pas le sien qui a été confisqué pendant deux ans par la police", a martelé Me Georges.

    Arrêté dans la nuit de vendredi à samedi, le dirigeant de JPP se trouvait, en compagnie d’un policier déserteur, au volant d’une Mitsubishi L200 volée il y a six ans en République Dominicaine, selon le commissaire de police de Pétion-Ville (banlieue est de Port-au-Prince), Vanel Lacroix. Un pistolet de calibre 9 millimètres a été également retrouvé en sa possession.

    Après un interrogatoire d’une demi-heure au commissariat de Pétion-Ville, le nouveau commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, Me Claudy Gassant, avait ordonné lundi le transfert du détenu au Pénitencier National.

    Au début de la semaine, les membres de Fanmi Lavalas (le parti d’Aristide) réunis à la Fondation Aristide pour la Démocratie à Tabarre (banlieue nord) avaient clairement annoncé leur intention de lancer une campagne de mobilisation en vue d’obtenir l’élargissement de Civil.

    Jean-Marie Samedi et Deshomme Présengloir, de la Cellule nationale de réflexion des organisations de base du parti, ont pour leur part inscrit l’arrestation du chef de file des organisations populaires Lavalas dans le cadre de "l’exécution d’un plan de certains membres du gouvernement visant à jeter en prison plus de deux 200 militants conséquents Lavalas".

    "Président Préval, nous n’avons que vous au Palais National, car vos collaborateurs sont nos ennemis. Ne commettez pas l’erreur d’oublier vos origines politiques", ont déclaré Samedi et Présengloir sur un ton menaçant, ajoutant qu’il n’y aura "ni congé, ni vacances" dans la lutte en faveur du retour d’Aristide. spp/RK

    Radio Kiskeya
    August 31

    Haiti-Rép. Dominicaine : Combat de coqs ou Ponts à construire ?


    Les défis dans la reconstruction des relations haitiano-dominicaines

    mercredi 30 août 2006

    Extraits d’une intervention de Yves Voltaire [1], le 30 août 2006, au Séminaire haitiano-dominicain sur la Paix et la Réconciliation - Oslo, 27 aout-4septembre 2006

    Document obtenu par AlterPresse le 30 août 2006 à Oslo

    Je remercie les organisateurs de ce Séminaire sur la Paix et la Réconciliation, spécialement le gouvernement norvégien et le Conseil des Eglises de Norvège. Le sociologue Goerg Simmel a montré l’importance du tiers/facilitateur dans la gestion des conflits. Je félicite nos amis norvégiens pour ce rôle de tiers- facilitateur qu’ils ont choisi de jouer dans la construction de la Paix et de la Réconciliation dans le monde, spécialement en Haïti et en République Dominicaine. Tusen Takk !

    Je félicite et remercie le Professeur Franc Baez pour sa brillante conférence. J’ ai particulièrement apprécie sa méthode de présentation qui met l’accent sur 5 ou 6 axes importants de la question migratoire haitiano dominicaine. Les solutions qu’il nous a proposées sont très appropriées et peuvent alimenter un fructueux débat entre la délégation dominicaine et la délégation haïtienne, où l’on retrouve de véritables spécialistes de la question migratoire comme : Colette Lespinasse, Nicole Grégoire, Edwin Paraison et Julio Antonio Acosta (Julin), etc.

    Mes commentaires ne porteront pas sur les solutions elles-mêmes élaborées par le Professeur Franc Baez, mais plutôt sur les conditions requises pour que les deux Etats-Nations puissent mettre en application ces propositions. C’est pourquoi mon commentaire pourrait s’intituler : Combat de coqs ou Ponts à Construire ? Les défis dans la reconstruction des relations haitiano-dominicaines.

    Leopold S. Senghor aimait à dire que lorsqu’on a bien fait l’historique d’un problème, on l’a a moitié résolu. C’est moi qui ai ajoute “bien”. Et j’entends par « bien faire l’historique » : jeter a la fois un regard rétrospectif critique et un regard prospectif créatif sur le problème. L’efficacité du processus de construction durable de la paix et de la réconciliation dans la vérité et la justice sont à ce prix. Dans le cas du problème migratoire dans la question haitiano-dominicaine, je me demande d’une part, quel type d’histoire a permis la construction de ce que nous avons hérité dans nos mentalités et nos structures sociales ? Et d’autre part : quel type de société le peuple haïtien et le peuple dominicain veulent-ils construire ensemble sur l’île ? Et par conséquent, quel changement de mentalité et de structures sociales cette construction nécessite-t-il ? C’est dans le cadre de ces questions que je voudrais inviter a analyser les propositions du professeur Baez, fruits de nombreuses années de recherche et d ‘enseignement.

    J’aimerais faire brièvement 4 remarques, relevant de la sociologie des conflits et de la sociologie prospective, pour éclairer ces questions et alimenter ainsi le débat sur la Conférence du Professeur Baez. J’ai beaucoup apprécie que le Professeur Baez insiste sur le fait que les immigres sont des acteurs, des sujets historiques et non point de simples objets du marche clandestin. Les travailleurs saisonniers haïtiens, légaux ou illégaux en République Dominicaine font partie de la Diaspora haïtienne qui contribue a la croissance économique de ses pays d’accueil et qui fournit aux familles haïtiennes plus d’un milliard de dollars par an, soit beaucoup plus que l’aide et la coopération multilatérales. On peut dire autant des immigres dominicains et dominicaines en Haïti et de la diaspora dominicaine. Professeur Baez a parle aussi des autres acteurs ou agents sociaux qui interviennent dans la migration. Je présenterai succinctement 4 acteurs ou sujets influents ou joueurs dans les relations haitiano-dominicaines, et leur façon de tenir compte a la fois de la mémoire et de l’utopie des deux peuples dans la recherche de solutions a leurs problèmes communs.

    1. Jean Price-Mars et la question haitiano-dominicaine

    Dr Jean Price-Mars, ce grand penseur haïtien [2], surtout connu pour son maître ouvrage ‘Ainsi parla l’Oncle’ sur les racines africaines de la culture haïtienne, a aussi rédigé deux volumes incontournables sur l’histoire des relations haitiano-dominicaines. Son titre est très évocateur : La République d’Haïti et la République dominicaine, divers aspects d’un problème historique, géographique et ethnologique.

    Apres avoir minutieusement mené une investigation sur l’histoire de nos deux Etats-nations, en soulignant notamment l’influence de Toussaint Louverture a partir de 1801 (avec son mot d’ordre : L’île une et indivisible) et de Fabre Nicolas Geffrard (dans la deuxième indépendance dominicaine de l ’Espagne en 1865) ,Price-Mars s’interroge sur l’avenir des relations entre eux. Il se montre très pessimiste et dit entrevoir non point un soleil brillant (comme celui d’Oslo) mais plutôt un dangereux ouragan tropical. Pourquoi ? A cause dit-il de la mentalité des dominicains par rapport aux haïtiens. Sans un changement de cette mentalité, les deux communautés sont appelées à s’affronter jusqu’ au carnage, jusqu’à ce que l’une fasse disparaître l’autre.

    2. Joaquim Balaguer et l’anti-haitianisme dominicain

    Dr Joaquin Balaguer, qui a dirige la République dominicaine pendant 5 mandats non- consécutifs, a rédigé un important ouvrage intitule : La isla al reves : Haïti y el destino dominicano. [3]

    Il est extrêmement important de remarquer qu’il le dédie à Jean Price-Mars. En effet, il va y reconnaître la validité de la plupart des faits et interprétations proposés par l’historien et ethnologue haïtien mais aussi utiliser ses affirmations pour confirmer sa thèse de la différence essentielle entre Haïtiens et Dominicains : L’un d’origine dahoméenne et l’autre d’origine espagnole ; l’un pratiquant le vodou et l’autre foncièrement catholique, etc. Il va considérer le flux de travailleurs saisonniers ou braceros haïtiens comme une invasion pacifique. Enfin il se prononce contre toute fusion des deux Etats mais se montre en faveur d’une fédération, si Haïti accepte grosso modo de renoncer à sa culture africaine et de retenir son flux migratoire.

    Je n’ai pas le temps d’émettre mes réserves critiques sur la pensée de ces deux grands idéologues et hommes d’Etat. Mais leur influence demeure très actuelle. Elle a contribue a créer une mentalité de coqs de combat entre les deux peuples : coq créole contre coq panyòl, qui défendent leur territoire et sont prêts à se battre jusqu’à la mort. Par exemple, de temps a autre certains secteurs extrémistes des deux cotes de la frontière font circuler sur Internet ou dans la presse un article sur une possible invasion d’Haïti par l’armée dominicaine.

    Dans cette phase de la mondialisation dont nous sommes les contemporains, cette mentalité de coqs de combat mérite d’être dépassée et commence à l’être timidement depuis les années 90. Certes l’écart économique se creuse de façon accélérée entre les deux peuples : le PNB par habitant est de 380$ en Haïti et de 1.127$ en République Dominicaine. Certes, en 1991, le président Balaguer avait expulse en très peu de temps plusieurs milliers d’Haïtiens et la semaine dernière plus de 500 haïtiens (dont 2 Guadeloupéens et plusieurs dominicains de couleur café) viennent d’ être brutalement rapatries avant même de toucher le fruit de leur pénible labeur. Toutefois , on constate un lent changement de paradigme dans les relations dominicano-haitiennes, je dirais a partir de la formation de la Commission Mixte haitiano dominicaine en 1995. Ce nouveau paradigme qui émerge lentement malgré la persistance de l ancien paradigme de coqs de combat , est caractérisé par une mobilisation de réseaux d’organisation des deux sociétés civiles a cote de l’action politique des deux Etats.

    3. Emergence d’un nouveau paradigme : Reconstruction des relations sur l’île Quisqueya

    Un des chercheurs d’origine dominicaine à s’être penché sur ce changement de paradigme dans les relations haitiano-dominicaines est Samuel Martinez [4], professeur a State University de New York. Un de ses articles sur le sujet s’intitule : Not a Cockfight. Rethinking haitian-dominican relations.

    Du coté haïtien, je signale les travaux du LAREHDO, le laboratoire sur les relations haitiano-dominicaines, anime notamment par le géographe haïtien Jean-Marie Theodat, professeur a la Sorbonne, qui fait des observations permanentes notamment sur les échanges au niveau des produits agricoles entre les deux pays, en vue de transformer le phénomène de double insularité entre les deux peuples partageant l’ile Quisqueya.

    Mais je voudrais surtout souligner l’apport de la Plate-forme d’une dizaine d’organisations (dont Sant Pon Ayiti qui organise en collaboration avec Ciencia y Arte et les deux gouvernements une foire eco-touristique et culturelle binationale annuelle), une Plate-forme dis-je, dénommée GARR, groupe d’appui aux Rapatriés et Réfugiés, qui fait un apport important pour construire les relations entre les deux peuples non pas sur le sable mouvant des injustices mais plutôt sur le roc solide du respect des droits humains. Par exemple, les mauvais traitements subis par les Haïtiens sont qualifiés par GARR de néo-esclavagisme, n’en déplaise à des chercheurs comme Samuel Martinez, dont je ne partage pas le point de vue sur cette question. Par ailleurs, en préparation au prochain sommet entre le président Préval et le président Fernandez, GARR a présente au ministre des Affaires étrangères, Jean Raynald Clerisme ( qui a fait sa thèse de doctorat en anthropologie économique a Yale University sur les migrants haïtiens dans le sud de la république dominicaine), des propositions qui peuvent aussi alimenter le débat qui va suivre. En voici quelques-unes :

    1. La négociation avec les dirigeants dominicains d’un accord global sur la migration.

    2. Dans l’attente de cet accord global, la cessation des rapatriements forces d’immigrants haïtiens ou/et de leurs descendants sur leur territoire.

    3. La fin des agressions répétées contre des groupes d’Haïtiens lors d’incidents avec des Dominicains dans lesquels un ressortissant haïtien serait implique.

    4. L’adoption de mesures jointes pour lutter efficacement contre le trafic et la traite des personnes

    5. La révision a la baisse des frais de visa et d’immigration .

    6. La négociation d’un accord commercial (et de coopération bilatérale) avec la République Dominicaine incluant également les marches frontaliers.

    7. L’élargissement de la Commission Mixte Haitiano-dominicaine a d’autres secteurs engages dans la dynamique des échanges entre les deux pays.

    Je voudrais toutefois ajouter a cette liste un élément important : la nécessite pour les haïtiens de reconstruire leur propre maison et d’y mettre de l’ordre. On présente souvent Haïti comme le pays le plus pauvre de l’Amérique et comme un Etat en faillite, ou une entité chaotique ingouvernable. Des hommes politiques dont un chef d’Etat de la Caraïbe vont jusqu’a oser affirmer que l’Etat haïtien n’existe pas ou qu’Haïti n’existe pas. Par conséquent, les Haïtiens non plus n’existent pas. Je préfère parler dans le cas d’Haïti d’un Etat prédateur (crocodile), d’un pays en danger de disparition mais convoite par les grandes puissances, d’un peuple nègre, afro-caribéen, menace de mort. Mais, je pense aussi que nous sommes à une étape décisive de la crise structurelle que connaît Haiti depuis des décennies. Nous sommes en effet en train de vivre une opportunité historique ou de larges secteurs du gouvernement constitutionnel haïtien, des représentants de la société civile, des partis politiques, de la presse et des églises acceptent, quoique tres timidement, de travailler ensemble sur un pacte de stabilité démocratique pour 25 ans et un plan directeur de reconstruction économique et sociale pour 25 ans. Cet effort mérite d’être soutenu par la coopération internationale, notamment avec le gouvernement norvégien. Il représente un cadre indispensable a la résolution du problème migratoire pose par les braceros haïtiens et a la construction d’une souveraineté associée entre les deux Etats de l’île Quisqueya dans la Caraïbe. Certains pensent que la misère et la crise chronique en Haïti sont a l ‘avantage de l’économie dominicaine. Je pense que la prospérité d’Haïti sera encore plus favorable à la croissance économique dominicaine et a la paix sur Quisqueya.

    4. L’apport des églises dans la reconstruction des relations haitiano-dominicaines

    Ma quatrième et dernière remarque soulignera l’importance de l’intervention d’un large secteur des Eglises de façon de plus en plus organisée et planifiée dans cette reconstruction des relations haitiano-dominicaines. Comme nous parlons de construction de ponts et de reconstruction de l’île Quisqueya, je me contenterai de dire a ce sujet que cette participation prophétique des secteurs d’Eglises nous aide à toujours nous rappeler la recommandation pleine de sagesse faite par le grand priant du Psaume 127 au verset premier ( en hébreu) : Im Adonay Lo Yivne Bait, Shave Amlou Bonayv bo. Si le Seigneur ne construit lui-même une maison c’est en vain que peinent ses constructeurs.

    [1] Haïtien, Doctorant en sociologie à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), Paris
    Co-Responsable de Sant Pon Ayiti

    [2] Price-Mars, Jean : La République d’Haïti et la République dominicaine, divers aspects d’un problème historique, géographique et ethnologique, 2 tomes, Port-au-Prince, 1953

    [3] Balaguer, Joaquin : la isla al reves : Haiti y el destino dominicano. Santo Domingo :Fundacion Jose Antonio Caro, 1983.

    [4] Martinez, Samuel : Not a Cockfight. Rethinking Haitian-Dominican Relations, Latin American Perspectives, Issue 130, Vol. 30 No.3,p.80-101, May 2003

    Deux Evêques haïtien et dominicain prennent la défense des migrants haïtiens

    Mgr Chibly Langlois du diocèse de Fort-Liberté et Mgr Diòmedes Espinal du Nord-Est dominicain estiment que les sans-papiers haïtiens ont droit à la dignité et méritent la compréhension des dominicains
    Posté le mercredi 30 août 2006
    Par Radio Kiskeya

    L’Evêque haïtien Chibly Langlois, responsable du diocèse de Fort-Liberté (Nord-Est) et l’Evêque du Nord-Est de la République Dominicaine, Diòmedes Espinal, ont uni leurs voix mercredi pour appeler les autorités dominicaines à "respecter la dignité humaine des immigrants haïtiens" et les citoyens dominicains à les "accueillir avec compassion et solidarité", rapporte l’agence EFE.

    Les haïtiens se rendent massivement en territoire voisin pour échapper à la situation de misère, d’insécurité, de violence et de chômage qui sévit dans leur pays, ont fait remarquer les deux prélats. Ils s’exprimaient lors de la célébration du 30e anniversaire de fondation de la station catholique dominicaine radio Marién, située à la frontière avec Haïti.

    Pour Mgr Espinal, les haïtiens qui affluent vers la République Dominicaine ne doivent pas être perçus comme un problème et il faut les aider et les appuyer au lieu de les rapatrier. "Ces étrangers-là sont les frères des dominicains", a-t-il insisté.

    De son côté, Mgr Chibly Langlois a rappelé que les haïtiens qui cherchent à se refugier en territoire voisin tout comme les dominicains qui viennent en visite en Haïti méritent le respect des autorités des deux pays.

    C’est l’une des rares fois où des autorités ecclésiastiques affichent une convergence de vue haïtiano-dominicaine sur l’épineuse question migratoire. Ce thème polémique porte souvent des membres du clergé dominicain à décocher des flèches contre les haïtiens rendus responsables de tous les maux du pays d’accueil. spp/RK

    Radio Kiskeya

    Le gouvernement dominicain rejette toute intervention norvégienne dans les relations haïtiano-dominicaines


    Le chancelier Carlos Morales Troncoso estime que les délégations haïtienne et dominicaine réunies à Oslo n’ont ni titre ni qualité pour se prononcer sur la question migratoire qui doit être traitée d’Etat à Etat ; il souligne l’importance de la prochaine visite à Santo Domingo de son homologue haïtien Rénald Clérismé

    Posté le mercredi 30 août 2006
    Par Radio Kiskeya

    Le chef de la diplomatie dominicaine, Carlos Morales Troncoso, a indiqué mardi que le gouvernement du Président Leonel Fernàndez n’a pas besoin de la médiation de la Norvège pour engager des discussions avec les autorités haïtiennes sur la question migratoire, rejetant ainsi les discussions lancées lundi à Oslo par des représentants d’Haïti et de la République Dominicaine sous les auspices du royaume scandinave.

    Dans un document remis à la presse et rendu public mercredi, M. Troncoso affirme que, contrairement à une information circulant depuis le début de la semaine à Santo Domingo, aucun processus de réconciliation entre les deux nations avec des échanges sur le thème migratoire n’a été officiellement lancé. Il soutient que l’ambassadeur Inocencio Garcìa, responsable de la division des affaires haïtiennes à la chancellerie dominicaine, n’assiste à la rencontre ouverte à Kristiansand, dans le sud de la Norvège, qu’à titre d’observateur.

    "La République Dominicaine et Haïti entretiennent des relations diplomatiques et consulaires très actives et en ce moment leurs deux chancelleries s’acheminent vers la réactivation de la commission mixte bilatérale. C’est dans ce cadre seulement que sera élaboré un agenda avec une panoplie de thèmes qui concernent les deux nations", souligne le chancelier dominicain.

    "Nous avons entendu dire que l’événement qui se déroule en Norvège est une conférence sur l’avenir des relations entre la République Dominicaine et Haïti sous le patronage du ministère norvégien des affaires étrangères et de l’agence de coopération de l’Eglise Luthérienne de Norvège", ajoute le document officiel.

    Carlos Morales Troncoso en a profité pour mettre l’accent sur l’importance de la visite prochaine de son homologue haïtien Jean Rénald Clérismé dans la capitale dominicaine. Il précise que le chancelier haïtien aura notamment des entretiens avec le Président Leonel Fernàndez, les membres de son gouvernement, les représentants de la société civile, le secteur privé des affaires et les responsables de l’Université Autonome de Santo Domingo (UASD).

    Initialement prévu à la mi-août, le voyage avait dû être annulé en raison d’empêchements de dernière minute auxquels M. Clérismé avait été confronté.

    "Cette visite permettra de définir les thèmes prioritaires de l’agenda des discussions entre les deux pays et de jeter les bases du prochain sommet entre les Présidents René Préval et Leonel Fernàndez", conclut Troncoso.

    Jusqu’à vendredi, une assemblée paritaire réunit en Norvège vingt représentants politiques, sociaux et religieux des deux républiques de l’île d’Haïti ou Hispaniola. Cette conférence, qui constitue le prolongement d’une première organisée en mai dernier à Santo Domingo, vise notamment à dépassionner le débat sur la très sensible question de la présence massive des haïtiens en territoire voisin et à susciter des réflexions communes sur d’autres thèmes comme la sécurité et l’éducation dans une perspective de solidarité et de compréhension mutuelle.

    Depuis qu’il a initié en 1999 un cycle de discussions et d’échanges périodiques entre haïtiens et dominicains - souvent hantés dans leurs relations par de graves blessures historiques- c’est la première fois que le gouvernement norvégien reçoit un tel camouflet des autorités dominicaines. spp/RK

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